L’INVENTEUR DU WEB À LEWEB

Il a créé le Web. Normal qu'il soit invité à LeWeb ...
Il a créé le Web. Normal qu’il soit invité à LeWeb …

Non, le Web n’a pas toujours existé, contrairement à ce que pense la Génération Z, née après 1989.

Le World Wide Web a 25 ans. Et pour fêter ça, son concepteur, Sir Timothy Berners-Lee était l’invité de la conférence LeWeb 2014 en décembre dernier. Sans lui, ce blog n’existerait pas, ni les milliards de pages éditées depuis la naissance de ce nouveau média unique en son genre puisque le récepteur – l’internaute – est aussi émetteur : de texte, de photos, de vidéos.

Le Web, c’est l’Internet de tout le monde, la vitrine grand public d’un réseau conçu à l’origine pour des militaires (Arpanet, 1969) par la fameuse DARPA, l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense, les Men In Black du Ministère de la Défense US.

Mais si le protocole TCP/IP (Transmission Control Protocol/Internet Protocol) a bien été inventé par les Américains , c’est en Europe, au CERN de Genève , l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire , que le physicien et informaticien britannique (il construit son premier ordinateur à 25 ans) imagine le dispositif qui va tout changer : l’hypertexte. Ou la possibilité de bondir d’une page à l’autre en cliquant sur un simple lien.

Sir Tim, qui n’est pas encore un Lord, passe en 1994 du CERN au MIT  où il crée le W3C (World Wide Web Consortium), organe chargé de s’assurer que la Toile reste bien accessible à tous. Un principe qui commence à s’effriter sous les coups des multinationales du Web qui cherchent à imposer un Internet à deux vitesses : rapide (et plus cher)  pour eux, gratuit mais lent, pour l’internaute de base.

Sir Tim, que voyez-vous venir ?

Invité par Loïc Le Meur (qui avait 17 ans quand Sir Tim concevait le WWW), le créateur du Web tel qu’on le pratique depuis deux décennies (le réseau est vraiment devenu pratique en 1994 avec l’interface Mosaic ), l’inventeur des hyperliens a le verbe rapide, saccadé, légèrement bégayant et, pour tout dire, assez difficile à décrypter.  On dirait que trop de pensées se bousculent et veulent sortir simultanément.

Tim à l'époque de Mosaic
Tim à l’époque de Mosaic

Sur la scène de LeWeb, cet homme qui a profondément changé la société, passée du spectacle cher à Guy Debord au social comme les réseaux éponymes, ne semble pas convaincu par l’évolution de son bébé numérique . Pour lui, « les réseaux sociaux sont en silos » et « mettre une appli sur son iPad pour lire un magazine, c’est perdre tout l’intérêt du Web ».

Fichtre : Sir Tim serait-il devenu un vieux ronchon dépassé, incapable de discerner l’évolution du Web ? Le grand ancêtre de tous les geeks est-il devenu ringard ? Pas du tout. Au contraire, il rappelle des vérités qui sont trop souvent négligées sous prétexte de course à la modernité : un il faut conserver ses données dans un endroit sûr (qui n’est PAS le cloud), deux la neutralité du Réseau (Net neutrality) est indispensable. Deux injonctions empreintes de sagesse qu’il convient de ne pas négliger sous peine de désagréments sévères (n’est-ce pas Sony ?).

Ultime preuve de la vraie modernité du Lord inventeur qui, contrairement à une bonne partie des geeks mâles, n’est pas misogyne (n’est-ce pas les gamers ?), il encourage les femmes à coder car, eh oui, « elles sont très bonnes dans cet exercice ». Plus globalement, Sir Tim voudrait que tout le monde se mette à coder, et le plus tôt possible. Un moyen de redonner du pouvoir à l’internaute ballotté entre les ambitions commerciales voire transhumanistes des GAFA (Google Apple Facebook Amazon ).

Les IA arrivent

Les IA seront-elles bienveillantes ?
Les IA seront-elles bienveillantes ?

Développement attendu ou redouté de l’informatique, l’IA (Intelligence Artificielle) arrive selon Sir Tim, qui se demande si « la conscience pourrait devenir une suite de codes ». Certes, « les robots sont déjà présents dans les grandes compagnies », mais il faut « surveiller le moment où un robot aura des droits au tribunal ».  Et si on inscrivait les Trois lois de la robotique d’Isaac Asimov dans la Constitution ? Ça pourrait faire gagner du temps et nous éviter un futur à la Terminator .

Dans futur numérique  composé de minipixels, qui seront « partout : les murs deviendront des écrans. La réalité immersive arrive ».  Espérons que les émules du créateur visionnaire qu’est Sir Tim feront de notre avenir informatique un monde plus proche de celui d’Asimov que  de Schwarzenegger.

Darty invente le majordome 2.0

Le bouton connecté va-t-il révolutionner le service client ?
Le bouton connecté va-t-il révolutionner le service client ?

Les riches Anglais des années 30 appuyaient sur un bouton pour sonner leur majordome, prompt à répondre à toutes leurs exigences. Dorénavant, les clients de Darty auront aussi leur Jeeves personnel.

Inventeur il y a quarante ans du fameux contrat de confiance, l’enseigne d’électroménager investit la sphère digitale en lançant le bouton Darty, un objet connecté qui fait basculer la relation client dans l’ère 2.0.

Le bouton est à la fois physique – aimanté, il se colle sur un réfrigérateur par exemple – et virtuel, sous la forme d’une appli. Il suffit d’arracher la languette située sur son verso et de saisir le code d’accès de sa box Internet sur l’application Darty pour smartphone (iOS et Android) ou depuis un ordinateur. Sans fil, l’autonomie du bouton est de 2 ans selon son concepteur.

La version digitale du bouton peut être installée sur un smartphone ou une tablette (téléchargeable sur les stores). Mais également sur son ordinateur (PC ou Mac) en le téléchargeant sur Darty.com.

Concierge 2.0

 

Sa fonction principale : contacter un des 750 téléconseillers dans un des 7 centres d’appels – tous situés sur le territoire français, comme tient à le rappeller Régis Schultz, pdg de l’enseigne – pour tout renseignement d’ordre technique, pratique ou commercial.

« Avec le bouton, le consommateur dispose en permanence de l’équivalent d’une conciergerie qui va identifier en interne une personne compétente susceptible de répondre à la question posée », explique Christophe Cadic, directeur de la digitalisation de Darty.

Et comme 50 % des problèmes sont résolus par téléphone, le bouton peut accélérer le processus. Lorsque le dépannage ne peut être réalisé, « un rendez-vous est pris avec un dépanneur Darty qui se déplacera sous 24 heures, dans un créneau de 2 heures » promet l’enseigne.

Autre atout mis en exergue par le pdg : le bouton est universel. On peut s’en servir même pour un problème ou une panne sur un appareil qui n’a pas été acheté chez Darty, quels que soient sa marque et son âge, même s’il n’est plus sous garantie.

En fait, il s’agirait des produits « référencés » par Darty, comme le rappelle Challenges.

 

Objet utile ou simple magnet ?
Objet utile ou simple magnet ?

 

Il est aussi personnalisé : Darty a conçu le bouton comme un objet personnel. Nominatif, il contient l’identité de son utilisateur qui s’est créé un compte depuis son smartphone et/ou a souscrit au service Le bouton en magasin. Au bout du fil, le conseiller Darty reconnaît l’utilisateur et dispose de son historique d’achat.

 Et d’après le directeur digital, le bouton est prêt à se brancher aux nombreux autres objets connectés qui vont envahir nos existences.

 Ce concierge numérique a néanmoins un coût : 25 euros, plus 2 par mois d’abonnement pour le bouton physique. Pour la version digitale, il faut payer l’abonnement.

Les clients de Darty sont-ils prêts à payer pour un service dont ils ne se serviront peut-être peu, voire pas du tout ?

Sur le Web, les réactions sont plus que mitigées. Les internautes mécontents du service après vente préfèreraient qu’il soit plus efficace plutôt que connecté et payant.

Le digital est-il l’avenir du service client ou  le bouton Darty restera-t-il un simple magnet de plus sur le frigo ?

Réponse dans quelques mois, la commercialisation du bouton étant prévue à partir d’octobre 2014.

forum netexplo 2014 : deux jours pour décrypter la révolution numérique

les dix lauréats Netexplo 2014 copyright LDherines
les dix lauréats Netexplo 2014
copyright LDherines

La septième édition du Forum Netexplo s’est déroulée les 26 et 28 mars au Palais de l’Unesco. Près de 1500 décideurs sont venus découvrir les innovations numériques qui vont bouleverser nos vies. Entrepreneurs, experts, journalistes et universitaires se sont succédé pour décrypter les nouveaux usages engendrés par la révolution digitale.

JOUR 1 : UNE VIGIE SUR L’OCÉAN NUMÉRIQUE

 « Les ambitions de ce forum unique au monde qu’est Netexplo font écho à celles de l’Unesco. C’est grâce à la technologie que l’être humain décuple ses forces. Mais ce n’est pas la technologie qui peut changer le monde, c’est l’usage qu’on en fait » a rappelé Getachew Engida, directeur général adjoint de l’Unesco en ouvrant la septième édition du Forum.

Thierry Happe, cofondateur de Netexplo, a évoqué le rôle du Forum et de son Observatoire : détecter les innovations numériques dans le monde entier et les mettre en perspective. Une mission remplie dès la première édition en 2008, avec la présence au sein des lauréats de Twitter, Psiphon (réseau d’alerte sur mobiles) ou encore l’impression 3D.

Une projection de la première page Web datant du 19/03/1989 a permis de rendre hommage à la création du World Wide Web par Tim Berners-Lee il y a tout juste 25 ans. Depuis cette date historique, « notre société est devenue totalement digitale » a rappelé Thierry Happe.

C’est pourquoi, selon le cofondateur de Netexplo, le déluge de données que nous produisons, le fameux Big Data, n’est pas près de se tarir : 2,7 milliards de personnes, soit 40 % de la population mondiale, sont reliées au réseau et 6,8 milliards possèdent un téléphone mobile.

 

Thierry Happe cofondateur de Netexplo copyright LDherines
Thierry Happe cofondateur de Netexplo
copyright LDherines

Et ça n’est pas fini : deux géants du Net, Facebook et Google, travaillent actuellement sur des dispositifs capables de connecter l’ensemble de la planète. Un réseau de drones pour le réseau social, des ballons stratosphériques pour le moteur de recherches ».

Une fois branchés sur le réseau, les 7 milliards d’humains viendront alimenter en datas les énormes « fermes » de serveurs qui sont déjà responsables de 2 à 3 % des émissions de CO2, soit l’équivalent du transport aérien. Un sujet de réflexion pour les multinationales du Web qui vont devoir concilier expansion numérique et développement durable.

Des solutions seront peut-être trouvées par certains des 6 millions d’étudiants qui suivent des MOOC, ces cours dispensés en ligne popularisés par Salman Khan, qui vont révolutionner les méthodes d’éducation.

Déjà, les digital natives apprennent de moins en moins dans les livres : l’image est en train de devenir la nouvelle grammaire de l’ère numérique. « Le selfie, cette photo de soi qu’on poste sur les réseaux sociaux, a d’ailleurs été élu mot de l’année par l’Oxford Dictionary » a relevé Thierry Happe.

MY LIFE WITH DATA

 

l'appli Wibbitz (Grand Prix 2014) transforme du texte en vidéo
l’appli Wibbitz (Grand Prix 2014) transforme du texte en vidéo

Après ce rappel de la nature de Netexplo et de sa mission, Thierry Happe a laissé place à Julien Levy, professeur à HEC Paris, un des partenaires du Forum, pour un moment clé de cette première journée : la présentation de l’étude Netexplo Trend Reports, intitulée cette année My life with data.

Depuis sept ans, l’équipe du sociologue Bernard Cathelat identifie les tendances émergentes issues de l’usage des nouveaux outils digitaux et les rassemble dans cette étude Trend Reports.

Trois grands thèmes ont été identifiés.

Le premier est la modélisation de l’espace (modeling space) avec la data transformation : saisir, diffuser, visualiser, et  le data space : capter et produire des objets physiques, grâce en particulier à l’impression 3D.

Le deuxième thème est celui de la modélisation du corps (modeling the body) qui devient un « corps machine » bionique, capable de « surveiller et punir » comme le prédisait Michel Foucault.

Le troisième thème, c’est la modélisation des comportements (modeling behaviors), ou le numérique au service de la santé physique et mentale. Mais également la faculté de prédire les façons d’agir futures, que Julien Levy nomme le « predictive you ».

 

SkinPrint ou la peau humain imprimée en 3D
SkinPrint ou la peau humaine imprimée en 3D

Utiliser la technologie ne date pas d’hier, comme l’a rappelé Julien Levy en invoquant Galilée qui déclarait que « l’univers est un livre écrit dans la langue mathématique ». Un langage qui a permis la révolution digitale que nous connaissons et ce phénomène massif de production de données « sur tout, partout, tout le temps et par tous les moyens » dixit Julien Levy.

La société numérique abreuvée d’informations sera-t-elle celle de la transparence totale, comme en rêvait le philosophe anglais Jeremy Bentham ? Mais cette transparence comporte un risque majeur : celui de mettre en place une surveillance généralisée dans laquelle Big Brother s’appellerait NSA.

LE TRIOMPHE DE L’IMAGE

Pour Véronique Morali, présidente du Women’s Forum et de Webedia, le numérique peut redonner au Net la « dimension égalitaire et émancipatrice » de ses débuts, avec des innovations comme BRCK, ou au contraire favoriser un asservissement dû à cette hyper connexion.

D’après ce grand témoin, le monde de l’entreprise n’a pas encore fait sa révolution numérique. « La montée en puissance des réseaux sociaux d’entreprise, par exemple, est positive si elle s’accompagne de pédagogie. Mais en réalité, rien n’est plus antinomique que la culture d’entreprise et celle de l’Internet» avertit la présidente du Women’s Forum.

Une raison de plus pour les cadres dirigeants des grands groupes français d’assister au Forum Netexplo, afin de mieux comprendre comment introduire efficacement les nouveaux instruments digitaux dans les pratiques de leurs sociétés.

 

Mobile 3D scanner permet de créer un fichier 3D avec n'importe quel smartphone
Mobile 3D scanner permet de créer un fichier 3D avec n’importe quel smartphone

La remise des prix aux lauréats a permis de mettre des visages sur des inventions souvent dématérialisées.

Les dix innovateurs ont reçu une œuvre d’art unique, un robot en métal frappé du @ d’Internet de l’artiste français Hervé Di Rosa, dont la forme et l’aspect changent chaque année. « Une oeuvre collector à laquelle les lauréats sont très attachés, puisque aucun robot Di Rosa n’est apparu sur eBay » s’est félicité Thierry Happe.

Le lauréat du Grand Prix Netexplo 2014, Wibbitz, illustre la prééminence de l’image sur le texte. Le logiciel mis au point par le duo israélien Yotam Cohen et Zohar Dahan transforme en quelques secondes un contenu écrit en une vidéo qui synthétise et illustre le texte en images et en sons. Pour Nicolas Bordas, président de TBWA Europe, «  c’est une vraie disruption, le Twitter de demain »

 LES DIGITAL YOUNG LEADERS S’EXPRIMENT

L’après-midi commence par les prédictions du cabinet Deloitte en matière de technologies.

Le dynamique Duncan Stewart a démontré avec humour que certains objets nouveaux, comme les « phablets », ces smartphones géants à mi-chemin du téléphone et de la tablette, peuvent être un flop en Occident mais un énorme succès en Asie.

Duncan Stewart de Deloitte aime les présentations énergiques
Duncan Stewart de Deloitte aime les présentations énergiques

Il a aussi fait un sort à certaines idées reçues, comme la mort annoncée de la télévision. Non seulement la télévision n’est pas morte, mais d’ici 2020, 90 % du trafic Internet sera composé de flux vidéos qu’on visionnera sur des téléviseurs. Les modèles compatibles 4K, une norme de « super haute définition », seront vendus à des prix abordables dès la fin de l’année.

Autre annonce du prévisionniste en chef de Deloitte : dans dix ans, l’utilisation des réseaux sociaux sera obligatoire en entreprise. Les actuels réticents feraient bien de s’y mettre dès maintenant.

Nouveauté de cette édition 2014 de Netexplo : les « digital young leaders », ces étudiants du monde entier qui seront les Zuckerberg et Jobs de demain, se sont exprimés sur les dix innovations lauréates. Une vidéo projetée plusieurs fois durant ces deux jours et dont les propos ont été décryptés par les professeurs des universités partenaires du Forum.

 UNE PLATEFORME D’INFORMATION PANAFRICAINE

Autre moment fort de cette première journée : la présentation d’Amadou Mathar Ba, créateur d’Allafrica.com, une plateforme d’information couvrant l’ensemble du continent. Il a été distingué par le magazine Forbes comme une des dix personnalités africaines les plus influentes. Pour Thierry Happe, il est évident que « l’Afrique va jouer un rôle de plus en plus important dans le monde de l’innovation », citant le succès d’Ushahidi (lauréat en 2009), un site de crowdsourcing des conflits qui a eu un impact mondial.

Amadou Mathar ba, concepteur d'allafrica.com
Amadou Mathar ba, concepteur d’allafrica.com

Allafrica.com est né du constat qu’il n’existait aucun média panafricain. « Nous serons deux milliards d’ici 2050, et les citoyens africains ne peuvent attendre de réponse de leurs leaders qui ont complètement échoué »  a analysé Amadou Mathar. Les nouvelles générations africaines embrassent la révolution numérique, même si le continent noir ne contribue pour l’instant que pour 1,5 % aux milliards de données créées chaque année.

Pour le concepteur d’Allafrica.com, « l’obstacle majeur à la progression de l’Afrique, c’est le poids de la tradition ». Mais il reste confiant dans l’apparition prochaine d’équivalents africains de Steve Jobs ou Marck Zuckerberg. Juliana Rotich, qui dirige l’équipe d’Ushahidi et a conçu BRCK, une des dix innovations récompensée, en est un exemple.

 LE CHILI, HAVRE POUR START-UP

Après l’Afrique, c’est l’Amérique latine qui est à l’honneur à travers Start-up Chile, une initiative du gouvernement chilien pour attirer les innovateurs.

Comme l’a rappelé Francis Pisani, « le Chili est un pays très isolé, coincé entre le Pacifique et les Andes ». Comment faire venir les entrepreneurs jusqu’à ce pays lointain ? « Le gouvernement a décidé de les inviter. Car ces start-up vont créer de la valeur et des emplois » répond Nicolas Shea, responsable du projet.

 

Nicolas Shea (au milieu), porte parole de Start-up Chile
Nicolas Shea (au milieu), porte parole de Start-up Chile

La mission de cet ancien de l’université de Standford (Californie) : faire du Chili le hub de l’innovation de l’Amérique latine. Ses outils : des visas d’un an délivrés en 72 heures, 40 000 dollars de capital offerts à chaque entrepreneur sans contrepartie, si ce n’est de résider au Chili et d’aller à la rencontre des habitants. Résultats : les startupeurs étrangers restent dix mois en moyenne, sont visités par quatre personnes par an et emploient 1,2 Chilien. Mieux : 40 % de ces nouvelles entreprises restent dans le pays. Elles y ont investi plus de 50 millions de dollars et embauché mille personnes. Une politique qui porte ses fruits puisque Start-up Chile a enregistré plus de 10 000 demandes venues du monde entier.

 SILICON VALLEY : VIEUX MONDE CONTRE JEUNES POUSSES

C’est Georges Nahon, responsable de l’OrangeLab Silicon Valley, qui a été chargé de conclure une première journée riche en découvertes et en enseignements sur les changements induits par la révolution digitale. Exemple : les grands opérateurs télécoms américains sont en train de remplacer leurs infrastructures en cuivre par des émetteurs récepteurs WiFi. Et c’est Amazon, roi du e-commerce, qui a décroché le contrat pour construire le data center de la CIA aux dépens d’IBM.

 

Georges Nahon, patron de l'OrangeLabs de San Fransisco : "le vieux monde s'écroule"
Georges Nahon, patron de l’OrangeLab de San Fransisco : « le vieux monde s’écroule »

« Le capital-risque a changé, et le mobile est une hydre qui s’infiltre partout » ajoute Georges Nahon.

Les grands noms de l’informatique d’hier, les Bill Gates ou Michael Dell, sont remplacés par les Larry Page (Google), Jeff Bezos (Amazon) et Marc Zuckerberg (Facebook), dont les jeunes sociétés pèsent des milliers de milliards de dollars. « La Silicon Valley est dominée par ces géants du Net qui achètent des start-up à tout va. Les acquisitions à plus d’un milliard de dollars se multiplient. Ici, la « next big thing », c’est le « big » analyse le patron d’OrangeLab Silicon Valley.

 

Pour cet observateur situé dans ce qui demeure la principale source mondiale de l’innovation numérique, « le vieux monde s’écroule et la disruption est la nouvelle réalité ».

Avis aux patrons des grands groupes : les entreprises sont devenues des réseaux. Les stratégies des PDG vont devoir prendre en compte rapidement ce « changement tectonique », selon la formule de Georges Nahon, s’ils ne veulent pas voir leurs entreprises disparaître du paysage économique.

 JOUR 2 : VERS L’HOMME BIONIQUE

Quelle meilleure manière de débuter cette seconde journée d’échanges par une intervention de Joël de Rosnay ?

Biologiste et informaticien, il a été un pionnier de la « biotique » (terme qu’il a inventé), cette fusion du biologique et de l’informatique.

Sur la scène du Forum, il a annoncé l’arrivée imminente de la communication symbiotique.  « Nous sommes déjà des hommes et des femmes augmentés grâce à nos smartphones  » a-t-il rappelé.

 

Jöel de Rosnay annonce l'homme bionique
Jöel de Rosnay annonce l’homme bionique

Mais la véritable communication symbiotique, dont les deux piliers sont les architectures virtuelles numériques, comme le cloud computing, et les objets connectés, sera bien plus que cela.

Lentilles de réalité augmentée, patchs collés sur le larynx, interfaces sans contact : « notre corps devient un émetteur récepteur et la peau un écran tactile » explique Joël de Rosnay, pour qui la véritable révolution en marche est l’électronique moléculaire.

Déjà, les GAFAM (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) colonisent l’ensemble des secteurs classiques de l’industrie comme l’automobile ou la domotique. « Les GAFAM deviennent des empires qui veulent conquérir les technologies NBICE (Nano Bio Info Cogno Eco) » avertit le scientifique.

Pour Joël de Rosnay, ce sont « les nouveaux barbares », des sociétés transhumanistes (mouvement prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains) qui visent rien moins que nous rendre immortels.

 

les transhumanistes vont-ils nous transformer en cyborgs ?
les transhumanistes vont-ils nous transformer en cyborgs ?

« Nous sommes dans une phase de mutation de l’humanité »  avertit le conseiller à la présidence d’Universciences.

Seule solution si on veut éviter l’avènement d’un « Frankenmonde » où cet homme-machine aurait perdu son humanité : créer une utopie constructive dont les valeurs sont le partage, la générosité, l’empathie et l’altruisme.

 LE MUSÉE DE DEMAIN EN RÉALITÉ AUGMENTÉE

Moins anxiogène, la rencontre entre l’art et le digital est en train de donner naissance au musée de demain. Mais le musée physique n’est pas mort, loin de là, selon Sree Sreenivasan, directeur digital du Metropolitan Museum of Arts (MET) de New York.

Pour lui, le futur réside dans le story telling : « nous proposons des vidéos de deux minutes d’un conservateur parlant d’un objet » évoque Sree Sreenivasan, qui rappelle que le site Web du MET compte 140 millions de pages vues et 24 millions de visiteurs uniques par an.

 

le MET de New-York envisage d'équiper ses visiteurs de lunettes de réalité augmentée Oculus Rift copyright JasonHenryNew-York Times
le MET de New-York envisage d’équiper ses visiteurs de lunettes de réalité augmentée Oculus Rift
copyright JasonHenryNew-York Times

Les réseaux sociaux ne sont pas oubliés puisque le musée new yorkais est présent sur la quasi-totalité de ces médias sociaux. « Il faut y aller quand vous êtes prêts ainsi que votre public » conseille-t-il.

Le vénérable musée fondé en 1866 accueille avec enthousiasme les nouveaux outils numériques. Son directeur digital annonce l’arrivée prochaine des Google Glass et la possible utilisation du casque de réalité augmentée pour gamers Oculus Rift (récemment racheté par Facebook pour deux milliards de dollars). Reste qu’avec ou sans réalité augmentée, « c’est toujours magique d’être en face d’une œuvre d’art » conclut Sree Sreenivasan.

 DES LIVRES NUMÉRIQUES POUR ÉDUQUER L’AFRIQUE

Après Allafrica.com, une autre initiative venue d’Afrique va sans doute changer en profondeur le destin de toute une jeunesse. Il s’agit de QuickDo, imaginée par Dominique Buende, ingénieur informatique camerounais lauréat 2013 du prix de l’entrepreneur social de la fondation Orange.

 

Dominique Buende est venu présenter son projet de liseuses numériques QuickDo au Forum netexplo
Dominique Buende est venu présenter son projet de liseuses numériques QuickDo au Forum Netexplo

Dominique Buende est parti d’un constat : 90 % des livres vendus en Afrique francophone (34 pays) sont importés, il existe moins de trois éditeurs par pays pour moins de 1200 titres édités par an. En cause : des infrastructures défaillantes, un pouvoir d’achat limité, une prééminence de l’argent liquide. La solution QuickDo consiste en un réseau de bornes associé à des liseuses numériques. « C’est un modèle solidaire et économiquement viable » estime son concepteur.

 LA E SANTÉ EN QUESTION

Les innombrables applis dédiées à la e-santé, associées aux objets connectés du quantified self, vont-elles améliorer la qualité de nos existences ou sont-elles une source de stress supplémentaire ?

Pour répondre à cette question cruciale, Netexplo a invité le docteur Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste.

Une des évolutions qui inquiète ce spécialiste de la santé, ce sont les développements rapides des technologies d’analyse du génome humain.

 

le docteur Saldmann s'inquiète de la marchandisation du génome humain
le docteur Saldmann s’inquiète de la marchandisation du génome humain

On peut désormais décrypter le génome d’une personne en 24 heures pour mille dollars. Voire pour 100 dollars en Chine. Et le marché des tests génétiques devrait atteindre 25 milliards de dollars en 2020. « Une biobanque est-elle en train d’être constituée ? Si c’est le cas, comment s’assurer de la confidentialité des données génétiques ? » s’interroge le docteur Saldmann.

Une course au génome inquiétante, alors que la génétique n’intervient que pour 15 % dans l’évolution bonne ou mauvaise de notre santé. « Je refuse de prescrire ce type de tests qui sont anxiogènes, surtout pour la maladie d’Alzheimer » tranche le médecin.

 

Des télomères longs = bonne santé et longévité
Des télomères longs = bonne santé et longévité

La mesure des télomères, des manchons entourant l’extrémité des chromosomes, est une autre avancée de la médecine ciblée par les futures applis d’e-santé. En effet, des télomères longs sont signe de bonne santé, raccourcis, ils annoncent des maladies. « Quelqu’un d’un peu stressé va consulter compulsivement son appli et stresser encore plus » pense Frédéric Saldmann. Pour lui, plus que des applis ou des dispositifs de surveillance de son organisme,  rien ne vaut l’exercice physique et une stimulation permanente du cerveau. Ou, pour les moins énergiques, la méditation : la science a prouvé que cette discipline permet d’allonger ses télomères.

C’est Indrajit Banerjee de l’Unesco qui a conclu ces deux journées fructueuses. « L’Unesco est toujours aussi fière d’accueillir Netexplo. Ici, nous essayons de comprendre comment ces innovations contribuent à nos missions. C’est pourquoi nous espérons continuer de soutenir et héberger cet événement ».

Toute l’équipe de Netexplo a été rejointe sur scène par l’ensemble des enseignants des universités partenaires sous les applaudissements d’un public toujours nombreux ce vendredi à 18 heures. « Cette année, c’était encore mieux que l’année dernière » a estimé Martine Bidegain, cofondatrice de Netexplo.

 

DIX ALIMENTS MENACÉS D’EXTINCTION

pas de fèves, pas de chocolat ! copyright Reporters/LAIF
pas de fèves, pas de chocolat !
copyright Reporters/LAIF

Peut-on imaginer un  monde sans chocolat ? Sans saumon ? Sans bananes ? Sans pâtes alimentaires ? Sans miel ? Et même, Madre de dios, sans tequila ?

 

Difficile d’envisager une existence dépourvue de ces denrées si communes. C’est pourtant ce qui risque d’arriver à plus ou moins brève échéance. Le nom du coupable est connu, il s’appelle changement climatique.

 

Les modifications profondes engendrées par l’activité humaine perturbent le régime des vents et des précipitations, favorise la migration d’espèces nuisibles (insectes, mammifères, batraciens, poissons) vers des terres nouvelles, multiplient les épisodes de sécheresse et d’inondations. Résultat : les cultures et les animaux dont sont issus ces aliments sont menacés de disparition pure et simple.

Le danger est réel mais l’issue n’est pas inéluctable.

Si nous parvenons à faire baisser le niveau des émissions de gaz à effet de serre, à réduire l’épandage de pesticides et, plus globalement, à moins polluer l’air, la terre et les eaux, nos repas continueront d’être variés et délicieux. Sinon, ce sera régime pilules nutritives et rations sans goût comme dans les films de SF des années 70.

1 Le chocolat.

Les fèves de cacao, matière première de cette gourmandise de plus en plus appréciée, sont en danger. La hausse des températures associée à des pluies erratiques dans plusieurs pays d’Afrique (70 % de la production de fèves) a entraîné une hausse de 40 % en un an du prix du chocolat. Et il ne risque pas de baisser de sitôt : « le prix du chocolat et des confiseries à base de chocolat va inévitablement monter », prévient ainsi Sterling Smith, un spécialiste du marché du cacao cité par le Figaro. L’avenir est sombre comme une plaque de chocolat noir. Au mieux, le coût des friandises et autres pâtisseries chocolatées va bondir. Au pire, les enfants peuvent dire adieu à la chasse aux œufs de Pâques.

 

laissez le manger sa banane (tant qu'il y en a encore ...)
laissez le manger sa banane (tant qu’il y en a encore …)

2 La banane

Les républiques bananières vont-elles changer de nom ? Le fruit jaune et allongé dont elles tirent leur sobriquet est en effet menacé par le champignon Fusarium oxysporum, qui attaque les racines des bananiers. Aucun remède n’est disponible. Seule solution : replanter les arbres sur un sol vierge. La banane Gros Michel, décimée par cette maladie dite de Panama, a laissé place à la Cavendish. Mais cette remplaçante est à son tour attaquée en Asie et en Australie. Seule résiste l’Amérique du Sud, lieu de production principal des bananes. Mais certains biologistes pronostiquent une arrivée du champignon tueur sur ce continent d’ici 2015.

 

poisson courageux et vaillant, le saumon va-t-il survivre au changement climatique ?
poisson courageux et vaillant, le saumon va-t-il survivre au changement climatique ?

3 Le saumon

Les amateurs de saumon, frais ou fumé, vont devoir modifier leur menu. Poisson d’eau froide (10 à 18 °C), le saumon est menacé par la montée continue de la température des eaux. La restriction de son habitat naturel et la pollution des cours d’eau n’arrange pas les choses pour ce poisson vigoureux capable de remonter des centaines de kilomètres de rivière pour aller frayer. Bien sûr, il y a l’élevage. Mais qui a envie de manger du saumon gavé d’antibiotiques et autres molécules chimiques ?

ce ne sont que quelques pâtes, Seigneur !
ce ne sont que quelques pâtes, Seigneur !

 

4 Les pâtes alimentaires

Le Don Patillo de la pub  va devoir changer son fameux slogan (mais ce ne sont que quelques pâtes, Seigneur). En Italie, patrie des spaghettis et des macaronis, les rendements de production de blé dur devraient commencer à décliner dès 2020 selon The Australian, et la céréale pourrait carrément disparaître du pays au cours de ce siècle. Une sorte de catastrophe nationale pour l’Italie, qui sera obligée d’importer les ingrédients d’autres pays. Et donc d’augmenter la production de CO2.

 

Maya l'abeille à du plomb dans l'aile ...
Maya l’abeille à du plomb dans l’aile …

5 Le miel

On le sait, Maya l’abeille a un pris un sérieux coup dans l’aile. Ces insectes producteurs du délicieux liquide ambré – et surtout principal vecteur de la pollinisation des fleurs – tombent comme des mouches sous l’assaut des pesticides. Certains prophètes de malheur prévoient même l’extinction de l’humanité si les abeilles venaient à disparaître.

 

Thanksgiving sans sa dinde, inimaginable pour les Américains
Thanksgiving sans sa dinde, inimaginable pour les Américains

6 La dinde

Les Américains vont-ils devoir dire adieu au repas de Thanksgiving ? Cette fête d’action de grâce est célébrée le quatrième jeudi de novembre autour d’une dinde, animal découvert par les premiers Européens débarquant sur le Nouveau Monde. Endémique sur le continent nord-américain, la dinde sauvage a failli disparaître sous l’effet conjugué de l’agriculture dévoreuse de forêts et de la chasse intensive. Cette version sauvage est toujours menacée d’extinction. Bien sûr, il y a l’élevage (bis) …

 

Tabernacle ! les érables souffrent
Tabernacle ! Les érables souffrent

7 Le sirop d’érable

Des pancakes (crêpes) sans sirop d’érable ? Les Canadiens, dont la feuille rouge de cet arbre est l’emblème national, risquent de s’étouffer devant pareille perspective. Les érables souffrent des pluies acides, de l’infestation de certains insectes et de la déforestation. ‪Le professeur Luc Bouthillier de l’Université Laval de Québec ‬craint que « ‪ les pluies acides ne déciment la population d’érables à sucre du Sud-Est du Canada‬ ».

 

Plus d'agave = plus de shots ni de margarita
Plus d’agave = plus de shots ni de margarita

8 La tequila

Caramba ! La tequila, cet alcool blanc distillé à partir de l’agave, un genre de cactus, est en danger. L’agave a besoin d’eau. Or, des périodes répétées de sécheresse dans les régions mexicaines productrices d’agave ont considérablement réduit la surface cultivable. Et comme la tequila ne peut être fabriquée à partir d’une autre plante, plus d’agave, plus de shots !

 

délicieux mais menacé
délicieux mais menacé

9 Les cochonnailles

Pour les Anglais et les Irlandais, difficile d’imaginer un breakfast sans bacon. Quant aux Américains, ils en mettent à peu près partout. Dans les burgers, bien entendu, et jusque dans les glaces sundae ! (véridique). Mais il devient de plus en plus cher d’élever et nourrir des porcs, et les fermiers américains ont tendance à réduire la taille de leur cheptel. En France, la révolte gronde contre les porcheries industrielles largement responsables de la prolifération des algues vertes et de la pollution de l’eau du robinet. La disparition du porc serait un vrai tour de cochon pour tous les amateurs de jambon et autres saucisses.

 

le café arabica d'Ethiopie contient 98 % des gènes de l'arbuste
le café arabica d’Ethiopie contient 98 % des gènes de l’arbuste

10 Le café

Alerte sur le café ! Que vont devenir les conversations autour de la machine du même nom? Les bouclages de journaux à grands coups d’expresso ? Le petit noir du matin au zinc ? Car la culture du café souffre elle aussi de la déforestation – le caféier est un arbuste – et du changement climatique. Selon le magazine Time, la fin est proche pour la variété sauvage de l’Arabica. Des chercheurs ont montré que les terrains favorables à cette culture pourraient diminuer de 65 %  d’ici 2020, et même de 99,7 % d’ici 2080 ! Heureusement, 70 % de la production de café ne provient pas des arbustes qui poussent librement en Éthiopie, mais de cultures commerciales. Néanmoins, l’Arabica cultivé artificiellement perd de sa diversité génétique, et devient plus sensible aux maladies. D’où l’intérêt de protéger le café sauvage, qui ne pèse que 5 % de la production éthiopienne, mais rassemble 98 % des gênes de l’Arabica.

 

 

Les robots goûteurs pointent la langue

la langue électronique va-t-elle tuer sommelier et oenologues ?
la langue électronique va-t-elle tuer sommelier et oenologues ?

La technologie va-t-elle tuer sommeliers et œnologues ?

Depuis quelques années, les robots goûteurs se sophistiquent.

Ces langues électroniques sont désormais capables de révéler la composition, l’origine, voire l’année d’un cru de Bordeaux ou de Bourgogne.

Récemment, un de ces appareil a réussi à distinguer plusieurs variétés de bières (schwarzbier, lager, double malt, pils, alsacienne et sans alcool) avec 82 % d’efficacité.

La langue artificielle est composée de capteurs, « des électrodes ioniques qui réagissent aux divers composés chimiques – sodium, nitrates, chlorures – recherchés » d’après Manel del Valle, chimiste à l’Université autonome de Barcelone, dont l’équipe a réalisé l’expérience sur les bières.

 

ordinateur contre papilles gustatives
ordinateur contre papilles gustatives

L’université catalane n’en est pas à son coup d’essai en matière de papilles informatisées.

Dès septembre 2008, elle annonçait la mise au point d’une langue artificielle portable capable de distinguer quatre variétés de raisins : l’airèn, le malvoisie, le macabeu et le chardonnay. L’instrument avait même réussi à différencier deux années du même cépage.

La langue artificielle peut reconnaître les cinq principaux attributs du goût : sucré, salé, acide, amer et umami, qui désigne le goût du glutamate monosodique, un condiment à base de protéines animales très employé dans les cuisines asiatiques. Des sous-attributs comme l’épicé, le métallique, l’astringent ou le rafraîchissant peuvent également être mis en lumière.

Il y a cinq ans, la « e-langue » était encore un prototype.Les laboratoires en pointe – Bordeaux, Barcelone et Saint-Petersbourg – annonçaient l’arrivée de robots goûteurs à 15 000 euros vers 2010. Aujourd’hui, le test sur les bières relance l’intérêt pour les langues électroniques, mais on attend encore la commercialisation de dispositifs opérationnels.

l'Université de Catalogne donne sa langue à l'électronique
l’Université de Catalogne donne sa langue à l’électronique

Remplacer le sommelier du Ritz ou faire disparaître les œnologues ne constitue pas la préoccupation ultime des « e-tongues ». Elles peuvent en revanche servir dans la lutte contre la fraude, qui concerne 20% des revenus du commerce mondial du vin (141,3 milliards d’euros en 2010 source l’Organisation Internationale du Vin), et touche principalement les grands crus. En Chine, le taux de fraude serait même de 40 % : « il y a plus de Lafite 1982 en Chine qu’il n’en a été produit en France » explique dans Sud Ouest Romain Vandevoorde, importateur de vin à Pékin.

En matière de goût, la technologie a jusqu’à présent accusé un retard certain sur les capacités humaines.

Depuis l’Antiquité, des milliers de goûteurs au service des puissants ont testé aliments et boissons susceptibles d’être empoisonnés. Moins dangereux et plus proche de nous, le métier de sommelier est né au dix-neuvième siècle. L’œnologie, la science du vin, date, elle, des années 50.

le futur des goûteurs humains ?
le futur des goûteurs humains ?

 

Mais ces spécialistes restent humains. En enchaînant les dégustations, les papilles gustatives fatiguent et se chargent des constituants contenus dans le vin. C’est pourquoi les testeurs mangent du pain, dans lequel fibres et protéines fixent les tanins, ou du saucisson, dont les matières grasses retiennent certains constituants. Débarrassées de ces faiblesses humaines, les langues électroniques seraient plus fiables.

La France, patrie du vin et de la gastronomie, est un marché naturel pour ce type de dispositifs. Le leader mondial des langues et nez électroniques est d’ailleurs toulousain. Alpha MOS est née en 1993 et commercialise des instruments d’analyse sensorielle (odorat, goût, vision). Côtée à la Bourse de Paris, elle est présente dans 20 pays et revendique 70 % du marché des nez électroniques et 85 % de celui des langues artificielles.

Pourtant, malgré 1800 instruments vendus et des clients comme Seb ou Fleury-Michon, la PME toulousaine connaît des moments difficiles avec un redressement judiciaire en cours. Mais le quotidien la Dépêche  annonçait le 8 février dernier que France Brevets, un fonds d’investissement public, allait venir au secours de ce fleuron national de l’innovation.

 

Alpha MOS, fleuron français de la e-langue, est mal en point
Alpha MOS, fleuron français de la e-langue, est mal en point

Quant aux professionnels du test gustatif, ils ne semblent pas très effrayés par l’arrivée des robots goûteurs.

Olivier Poussier, meilleur sommelier du monde en 2000, expliquait dans la Tribune que « l’élément qui manque à ces appareils, c’est l’émotion. L’humain est irremplaçable pour raconter l’histoire d’un vin ». Pour lui, les e-langues sont tout à fait à même d’évaluer les niveaux d’acidité ou de tanins, mais sont incapables de déterminer si le produit fini est homogène. « Un ordinateur ne peut pas évaluer la notion de plaisir » selon cet expert.

Comme disait le père Gaucher (1) pour excuser son penchant pour son fameux élixir : « l’éprouvette me donne bien la force et le degré de l’alcool ; mais pour le fini, le velouté, je ne me fie guère qu’à ma langue ».

1 L’élixir du révérend père Gaucher in Lettres de mon Moulin Alphonse Daudet 1879

BITCOINS, LA RUÉE VERS L’OR VIRTUEL

 

la devise de Bitcoin : in cryptography we trust
la devise de Bitcoin : in cryptography we trust

 

L’argent va-t-il disparaître ? Ou plutôt la monnaie, qui incarne physiquement la valeur marchande des objets sous forme de pièces et de billets depuis deux millénaires. Une monnaie qui vient de prendre un sacré coup de vieux avec les bitcoins, cet argent virtuel qui s’échange de pair à pair dans le cyberespace.

Les bitcoins (bit = unité informatique, coin = pièce de monnaie) révolutionnent la nature même de la monnaie, puisqu’ils fonctionnent sans référence à une autorité, État ou banque centrale. « La gestion des transactions et la création de bitcoins est prise en charge collectivement par le réseau. Bitcoin est libre et ouvert. Sa conception est publique, personne ne possède ni ne contrôle Bitcoin et tous peuvent s’y joindre » proclame le site officiel.

Cette monnaie anti Big Brother a été conçue en 2009 par un développeur non identifié utilisant le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, et se présentant à l’époque comme étant un Japonais de 37 ans, mais qui n’a plus donné signe de vie depuis cette date.

Le protocole a été écrit en langage C++ et publié sous licence libre du MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Autre originalité de cet argent informatique : le nombre maximum de bitcoins qui sera mis en circulation est déjà connu, et ne dépassera pas 21 millions d’unités. Autrement dit, pas d’inflation possible pour les bitcoins.

 

le nombre maximum de bitcoins est déjà connu : 21 millions
le nombre maximum de bitcoins est déjà connu : 21 millions

Combien vaut un bitcoin ?

Sa valeur est déterminée par l’usage économique qui en est fait et par le jeu de l’offre et la demande.

Depuis son apparition sur le Net, le cours de la monnaie cybernétique a connu de nombreuses fluctuations. De 4,15 € en février 2011 (plus bas) à 860 € en décembre 2013 (plus haut). Un bitcoin valait près de 500 € en février.

 

Le cours de la monnaie virtuelle est plutôt volatile
Le cours de la monnaie virtuelle est plutôt volatile

Mais la vraie question est :  à quoi sert-il ?

Premier avantage : les transactions sont anonymes et confidentielles. Le vendeur ne connaît pas l’acheteur et vice-versa. Et les bitcoins sont donc impossibles à pister ou à taxer.

Mais cet anonymat constitue aussi un des points les plus critiqués des bitcoins, accusés de favoriser les transactions d’armes et de drogues dans le « Darknet », cet Internet underground et secret incarné par Silk road, une place de marché qui utilisait exclusivement les bitcoins comme monnaie d’échanges et que le FBI a fermé en octobre dernier.

Second atout : le bitcoin est sans frais. Aucun intermédiaire type Visa, Mastercard ou Western Union ne prélève quelques pour cent au passage.

Que peut-on se payer avec ses bitcoins, après avoir ouvert un compte chez Bitcoin Central pour échanger ses euros contre leur équivalent en crypto monnaie ?

Pas de mal de choses, comme le prouve le site Que faire avec mes bitcoins ? qui recensait début février plus d’une centaine de sites acceptant la devise virtuelle. Matériel informatique, pizzas, tee-shirts, cigarettes électroniques, voyages ou sextoys, la liste est longue et variée.

 

les bitcoins commencent à être acceptés dans les commerces
les bitcoins commencent à être acceptés dans les commerces

Mais encore faut-il avoir confiance dans ce mode de paiement dématérialisé. Car la sécurité des échanges constitue la seconde critique faite aux bitcoins.

Stocké sur le disque dur d’un ordinateur ou dans le Cloud, le bitcoin n’est rien d’autre qu’un programme informatique, et donc susceptible d’être subtilisé par un hacker, de la même façon qu’un mot  de passe ou un numéro de compte bancaire.

Deuxième point à prendre en compte : les transactions sont irréversibles. Le paiement ne peut être remboursé que par la personne ou la société qui le reçoit. La notion de confiance est donc primordiale.

Enfin, comme on l’a vu, le cours du bitcoin est très volatil. Personne ne peut savoir combien il vaudra dans une semaine ou dans dix ans.

Des handicaps qui n’empêchent pas certains de s’intéresser de près à ce nouveau mode de paiement dématérialisé. Le site de jeux Zynga (Angry Birds), par exemple, étudie la possibilité d’autoriser les achats en bitcoins. Lors de la crise bancaire à Chypre en mars 2013 – les banques ont fermé pendant douze jours -, les Chypriotes se sont rués sur les bitcoins, considérés comme une valeur refuge hors de portée des autorités financières de leur pays.

Pour Philippe Herlin, docteur en économie et auteur de « la Révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires », cité par Challenges  « en cas de faillite du système bancaire international, il reste stable. Il est en train de devenir une valeur refuge, comme l’or. C’est de l’or virtuel. Et ce sont les plus gros acheteurs d’or qui investissent en bitcoins : la Chine et demain l’Inde ».

 

la Révolution du Bitcoin aura-t-elle lieu ?
la Révolution du Bitcoin aura-t-elle lieu ?

Nouvelle liberté pour le citoyen ou danger pour l’économie ?

Le succès du Bitcoin commence à inquiéter les institutions financières mondiales. Les banques centrales de Chine, d’Inde, de Russie, de France et de l’Union Européenne ont toutes lancé récemment des avertissements concernant la nouvelle monnaie peer to peer.

D’autres, au contraire, y voient une « liberté pour l’argent ».

C’est le cas de David Mondrus, développeur américain spécialiste du ecommerce, pour qui le Bitcoin serait « la troisième démocratisation » créée par l’Internet, après la communication de pair à pair et l’impression 3D. « L’adoption des bitcoins va réduire drastiquement le contrôle financier exercé sur notre argent. Et sans ce contrôle, personne ne peut plus le taxer. Avec Bitcoin, l’argent n’a plus de frontières. Il coule aussi facilement que l’eau, empêchant les banquiers de le surveiller, le contrôler, le taxer ou le dévaluer. Passez au Bitcoin et libérez votre argent ! » écrit-il sur le site Bitcoin Magazine.

La ruée vers l’or virtuel est lancée.

Et comme pour le métal précieux, elle risque de s’avérer aléatoire voire dangereuse. Fera-t-elle la fortune de quelques cyber-aventuriers plus audacieux ou plus chanceux ?

Réponse dans un proche futur, à moins que les autorités financières n’aient la peau de cette nouvelle monnaie sur laquelle elles n’ont pour l’instant aucun contrôle.

 

LES FOOD TRUCKS À FOND LA CAISSE

le Camion qui Fume, pionnier des food trucks à Paris
le Camion qui Fume, pionnier des food trucks à Paris

L’innovation n’est pas seulement affaire de technologie. Imaginer des concepts nouveaux pour des secteurs traditionnels, c’est aussi innover. La preuve dans le domaine de l’alimentaire et la restauration avec la street food.

La street food envahit la France et les food trucks sont partout.

Il n’y en avait pas moins de huit au Grand Palais le 27 janvier dernier pour la Nuit de Chine. Ces cantines sur roues sont devenues le « must have » des fêtes privées. Dans les quartiers d’affaires, des cadres pressés font la queue par tous les temps devant ces nouveaux acteurs de la restauration urbaine.

 

la Cantine California à la Défense
la Cantine California à la Défense

Le concept : se déplacer là où sont les gens, avec des recettes alternatives, de qualité, bon marché (10 € en moyenne) et servies rapidement.

Une nouvelle fast food réinventée, diverse, attentive aux produits et adaptée à une clientèle citadine.

Les food trucks revisitent les classiques que sont le hamburger américain, le fish and chips britannique ou le tacos mexicain. Récemment, d’autres gastronomies du monde se sont invitées au volant de ces camions cuisine : dim sum cantonais, empanadas argentines, bo bun vietnamiens ou mozarella italienne.

camionbol
Nathalie Nguyen, finaliste Masterchef 2011, devant le Camion Bol, food truck de spécialités vietnamiennes

Cette tendance venue des États-Unis est arrivée il y a trois ans à Paris, puis s’est répandue en province à la vitesse d’une Formule 1.

L’Amérique, pays de la mobilité, est adepte des « lunch wagons » depuis le XIX ème siècle. Les « gourmet food trucks », eux, sont en plein boom depuis cinq ans. Il y en aurait 200 rien qu’à Los Angeles.

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Los Angeles, capitale US des camions cuisine

En France, les camionnettes à pizza et les baraques à frites ont toujours fait partie du paysage. Mais elles n’ont jamais prétendu rivaliser avec les « vrais » restaurants.

Quand elle a installé son Camion qui fume dans la capitale en 2011, la californienne Kristin Frederick était bien décidée à devenir une alternative crédible à l’offre de restauration classique.

Arrivée deux ans auparavant pour étudier la gastronomie à l’école de cuisine Ferrandi, ses burgers faits maison ont rapidement séduit la clientèle parisienne. Elle possède aujourd’hui deux cantines mobiles et vient d’ouvrir un restaurant « en dur », Freddie’s Deli. Une innovation récompensée d’un Fooding d’honneur en 2013.

Depuis, les camions cuisine se multiplient comme des petits pains  et annoncent la couleur : « la street food est une vraie alternative à la malbouffe, un puissant moteur d’intégration dans la société. La street food, c’est l’avenir ! ». Dixit Thierry Marx, chef étoilé et star des émissions de cuisine, sur le site http://www.streetfoodenmouvement.fr.

 

Thierry Marx aime la street food
Thierry Marx aime la street food

Légumes bio et poulet fermier, plats élaborés dans un décor original, et surtout petits prix, ce sont les ingrédients d’un succès qui doit aussi beaucoup aux réseaux sociaux.

C’est en effet sur Facebook et Twitter que les amateurs s’informent de la location de leur food truck favori.

Pour savoir où se trouvent les camions, il existe aussi des sites comme www.esayfoodtrucks.com, http://www.monitinerant.com ou http://www.butwhereisthetruck.com

À Paris et en proche banlieue, ils seraient dorénavant une cinquantaine, et la Province succombe à son tour.

Une prolifération qui ne ralentit pas malgré l’opposition des restaurants, bistrots et sandwicheries qui hurlent à la concurrence déloyale. Sans parler de la mauvaise volonté des municipalités qui rechignent à accorder des autorisations de stationnement à ces véhicules. A Toulouse, un gérant de McDonald’s a persuadé la mairie de ne pas renouveler l’emplacement d’un food truck garé en face de son restaurant.

La street food est-elle là pour durer ?

Aux États-Unis, le phénomène food trucks est né avec la crise des subprimes, quand des chefs américains ruinés ou licenciés se sont réfugiés dans leur camion pour continuer à cuisiner.

Chez nous, de jeunes entrepreneurs gastronomes profitent à leur tour de cette opportunité au coût modeste : une mise de départ de 30 000 euros suffit pour faire démarrer son camion cantine. À comparer avec les 300 000 euros nécessaires pour ouvrir un restaurant à Paris.  Tendances, mobiles, bon marché et créateurs d’emplois : les food trucks sont aussi une innovation en termes économiques.

infographie food trucks (in english)
infographie sur le marché des food trucks aux USA (in english)

 

On devrait donc entendre de plus en plus d’adeptes de ces restaurants ambulants reprendre la devise de la Cook Mobile de Toulouse : « in food we truck » !

15 FOOD TRUCKS À SUIVRE

(sélection non exhaustive)

PARIS ET BANLIEUE

2F1C (deux filles et un camion)

Les deux filles ont suivi les cours de l’école Ferrandi et proposent des plats traditionnels et world cuisine, à base de produits bio ou labellisés. Leur slogan : une restauration créative et ambulatoire. Formules à 10 et 12 €

Clasico Argentino

Les empanadas sont des chaussons fourrés à la viande, poisson, fromage ou légumes. Enrique Zanoni et Gaston Stivelmaher possèdent quatre restaurants argentins à Paris. El Carrito (le chariot), leur food truck à trois roues, propose un menu à 12,50 €.

Le Camion Bol

Bo bun, nems, wok de poulet, banh mi ou la riche et goûteuse cuisine vietnamienne de Nathalie Nguyen (finaliste 2011 de Masterchef) et son équipe. Bo bun 8 €, plat complet 12 €

Le Camion qui fume

C’est le pionnier des food trucks. Burgers maison en sept déclinaisons, 10 € la formule, et souvent beaucoup d’attente. La rançon du succès.

Le Canard Huppé

Duck balls, hot duck mais aussi parmentier de canard et tranches de foie gras : ça sent bon le Sud Ouest, région d’origine de Bruno Viala, créateur de ce truck entièrement dédié au canard. Formules de 8 à 13,50 €.

La Cantine California

Burgers et tacos « à base de produits français certifiés biologiques » selon le patron Jordan Feilders, Américain marié à une Française. Formules autour de 10 €

Mozza & Co

La gastronomie italienne vient à nous avec ce camion spécialisé dans la mozzarella, associée à d’autres produits transalpins : foccacias, lasagnes et tiramisu. Plat chaud à 7,5 €, foccacias 7 €.

Mum dim sum

Les dim sum (bouchées vapeur) sont une institution en Chine. Le camion, version mobile du restaurant éponyme du XVII e arrondissement, propose des menus à partir de 11,50 €

Le Réfectoire

Hamburgers à la française et frites maison. « Tous les produits sont achetés le matin même via nos producteurs présents sur nos différents marchés » explique le jeune chef Valentin Davase. Formules burger à 10 €

PROVINCE

Aix-en-Provence

La Carriole

Gastronomie nomade : c’est le concept du créateur de la Carriole (encore un ex Ferrandi), belle caravane airstream en aluminium qui propose plats élaborés et produits locaux. Formule à 10 €

Bordeaux

El Taco Del Diablo

Comme son nom l’indique, food truck de tacos, burritos, guacamole, bref toute la cuisine mexicaine sur roues. Tacos à 6 €

Lille

Chicken Gourmet

Burgers, poulets rôtis et frites, incontournables dans le Nord. Poulets 100 % français « élevés deux fois plus longtemps et avec deux fois plus d’espace que les volailles traditionnelles » pour ce « real truck » importé des USA. Menus de 10 à 15 €

Lyon

The Rolling Cantine

Burgers maison créatifs aux noms très rock and roll (Angie, Brown Sugar). Formule 10 €

Orange

Sushiju

Un des rares (le seul ?) camion à sushis, Sushiju a été créé par Julien Moinet, qui a suivi les cours d’une école de sushis renommée.

Box de quatre sushis 6 €, six makis 6 €

Toulouse

La Cook Mobile

Burgers, salades et soupes à base de produits frais et locaux. De 8 € (burger) à 12,50 € (formule complète).

LA GASTRONOMIE EN MODE 2.0

en matière de bouffe, le numérique c'est bien, le réel c'est mieux
en matière de bouffe, le numérique c’est bien, le réel c’est mieux
copyright S.Giraud

La « bouffe » est  le troisième sujet de conversation sur le Web social, et 7 des 10 marques françaises qui comptent le plus de fans sont alimentaires.

C’est donc logiquement qu’Internet et les jeunes générations s’approprient aujourd’hui cette part festive de notre identité.

Lors de la conférence « Food is social » organisée le 21 novembre 2013 par l’agence de RP Kingcom, blogueurs, entrepreneurs 2.0 et marques ont montré comment l’innovation digitale peut se mettre au service de la tradition culinaire.

L’atout numéro un du numérique, c’est cette capacité à mettre en relation des univers apparemment éloignés : le terroir et les geeks, le goût et le virtuel, la proximité et le monde.

Les Facebook, Twitter, Pinterest, Instagram, YouTube ou Vine sont les nouveaux espaces virtuels où s’échanger les bons plans : recettes, restos, cavistes, cours de cuisine, etc.

Blogueuses et vigneronnes

 

les wine blogueuses
les wine blogueuses : Mélanie Tarlant et Miss Vicky Wine copyright S.Giraud

Anne-Victoire Monrozier, alias Miss Vicky Wine, est le fruit des amours de la vigne et du Net.

La jeune femme est blogueuse, fille de vigneron, et produit sa propre cuvée les Vins de Vicky, soit 10 000 bouteilles vendues en France et à l’étranger. Une performance impossible à réaliser sans les réseaux sociaux : « le bénéfice du Web social sur les ventes est bien réel » affirme la Miss.

Le Web 2.0 permet aussi de nouer des deals improbables. Mélanie Tarlant, elle aussi jeune, blogueuse et vigneronne, a trouvé un importateur brésilien pour son champagne sur Instagram.

Pour les petites structures, les réseaux sociaux sont un outil d’expansion efficace et peu coûteux.

Et pour les marques ayant pignon sur rue ?

Méfiantes, elles observent le monde du Net social avec circonspection, effrayées par la liberté de ton et de critique de cette agora numérique.

Pourtant, qu’elles soient digital natives, comme la FabriqueCookies, ou ancestrales, à l’instar de la Comtesse du Barry, les entreprises  alimentaires ont tout intérêt à embrasser la révolution digitale.

La Fabrique Cookies possède deux boutiques à Paris et un site Web. Mais le média qui l’a fait décoller s’appelle Facebook. «  C’est une vitrine, plus importante pour nous que le site Internet. Tous les jours, dans nos boutiques, des clients nous parlent des réseaux sociaux » évoque Pierre Bettencourt, cofondateur.

La Comtesse se fait une place sur le Net

maisons anciennes et jeunes fabriques
maisons anciennes et jeunes fabriques
copyright S.Giraud

Née en 1908, la Comtesse du Barry est, elle, une vieille dame de la gastronomie qui n’a pas peur de la nouveauté.

Adepte du multicanal (60 boutiques, un catalogue VPC et un site marchand depuis 1997), la spécialiste du foie gras a récemment refait son site Web et vient d’embaucher un jeune directeur général de 34 ans, Jérôme Fourest, ex HEC passé par l’Atelier des Chefs. Une stratégie de la vénérable maison destinée à « dépoussiérer une marque un peu endormie » selon Mélodie Cazenave, chef de projet e-commerce.

Mais ce mariage du numérique et de l’artisanat ne s’est pas fait sans heurts. Le passage à la vente on line a été mal vécu par le réseau de boutiques craignant une cannibalisation des ventes au profit du Web. L’arrivée sur les réseaux sociaux a elle aussi engendré des résistances en interne.

« Certains m’ont dit : ouvrir une page Facebook ? Tu es folle ! Les associations anti-gavage vont savoir que nous vendons du foie gras » raconte Mélodie Cazeneuve, qui plaide pour la transparence : « nous n’avons rien à cacher. De plus, nous avons rarement besoin de répondre aux attaques, notre communauté le fait pour nous. C’est inespéré ».

Certaines marques patrimoniales, comme Nutella (groupe Ferrero) ou Seb commencent à s’intéresser à cet univers multiforme du Net social.

Entrer dans la conversation

Guillaume du Gardier, Mr Nutella (à gauche)
Guillaume du Gardier, Mr Nutella (à gauche)
copyright S.Giraud

Nutella vient de lancer un site de contenus, Le bon côté de la tartine, qui vise les mamans.

« C’est bien plus intéressant qu’un site classique www.nutella.fr. Aucun article ne parlera de la marque. Le site va nous permettre d’apporter notre voix à cette conversation qui a commencé sans nous sur les réseaux sociaux » explique Guillaume du Gardier, digital media manager chez Ferrero.

Une allusion aux nombreuses vidéos postées sur YouTube du genre « si vous aimez le Nutella, ne regardez pas cette vidéo », qui critiquent la présence d’huile de palme dans la célèbre pâte à tartiner chocolatée.

En réponse, le groupe italien a lancé sa propre chaîne YouTube avec de petits films pédagogiques d’1 minute 30.

Sur sa page Facebook, Nutella  a mis en place un système de personnalisation des étiquettes des pots, inspiré de Coca Cola, qui cartonne : 100 000 étiquettes arborant le nom ou le prénom des internautes ont été éditées entre juin et août dernier selon Guillaume du Gardier. Un chiffre impressionnant à mettre en rapport avec les 18 millions de fans Facebook de la marque dans le monde.

Autre initiative communautaire du fabricant : inviter les consommateurs à faire partie du casting de la nouvelle publicité maison. Pour le responsable des médias digitaux, « la télévision reste le media principal, celui qui fait vendre. Mais les réseaux sociaux ont un vrai impact sur l’image de la marque ».

Pour Seb, groupe phare du petit électroménager, les réseaux sociaux représentent un canal innovant pour ses lancements de produits.

Le nouveau robot cuiseur Cuisson Compagnon a été testé par des blogueurs et des consommateurs avant sa mise en vente. Une Compagnon Academy va naître pour les transformer en ambassadeurs de la marque. Seb a réuni ces aficionados le 29 novembre, au magasin Darty des Ternes dans le 17 ème arrondissement à Paris. Un événement IRL (in real life) pour partager les plats préparés avec le nouveau Compagnon des cuisiniers.

Le mariage de la gastronomie et des réseaux sociaux aura donc lieu en France, le pays où la vie est bonne chère.

Un sonar pour les smartwatches

le Chirp en diagramme
le Chirp en diagramme

Les smartwatches, ou montres connectées, seront-elles le nouveau gadget high-tech à la mode ?

Peut-être. Mais à condition de pouvoir tapoter sur le mini écran tactile sans s’emmêler les doigts, ce qui n’est pas le cas pour l’instant. Ces montres, tout comme les lunettes connectées de Google, sont censées nous épargner la manipulation de nos smartphones. Pourtant, les utiliser demande du doigté car leur interface est encore plus réduite en taille que l’écran des téléphones intelligents.

Néanmoins, ce défaut majeur pourrait bien disparaître prochainement grâce à une innovation de l’Université de Berkeley en Californie : le Chirp (en anglais : pépiement  et signal sonore). Cette puce électronique se sert des ultrasons pour détecter les mouvements (vidéo ici), soit une interface gestuelle qui rappelle celle des manettes Kinect de Microsoft. En mieux, selon les concepteurs du Chirp, qui promettent des gestes plus précis, une consommation d’énergie moindre et une efficacité égale en pleine lumière comme dans l’obscurité.

 

La puce est entre les doigts de ce chercheur
La puce est entre les doigts de ce chercheur

Le sonar du Chirp est composé de minuscules capteurs sonores qui envoient des pulsations ultrasoniques dans un espace défini qui se répercutent sur les objets présents sur leur trajectoire. Ces échos reviennent vers les capteurs et le temps écoulé est calculé par la puce, ce qui permet de détecter les mouvements dans un rayon d’un mètre. Exemple : en éloignant la main de l’écran du smartphone, on peut zoomer sur une photo. Ou piloter un avion virtuel sur l’écran d’un ordinateur.

Le son voyageant plus lentement que la lumière, le Chirp utilise des capteurs à basse vitesse, ce qui réduit considérablement la consommation d’énergie, pour une utilisation continue d’une trentaine d’heures selon les inventeurs de la puce 3D.

 

le professeur Richard Przybla teste le Chirp
le professeur Richard Przybla teste le Chirp

Pour l’instant, le Chirp sait détecter les gestes de la main, mais les chercheurs de Berkeley travaillent sur une reconnaissance des mouvements des doigts. Pour que les smartphones, smartwatches et lunettes connectées nous obéissent vraiment au doigt, en attendant l’oeil.

A noter que cette innovation a été financée par le Darpa (Defense Advanced Research Agency), le think tank du Ministère de la Défense américain (les véritables Men in Black ), ce qui veut dire que des applications militaires de cette technologie sont envisagées, voire déjà utilisées.

2077 : les corporations dominent le monde

Vancouver 2077 : les multinationales ont gagné

En 2077, des terroristes du groupe Liber8 (prononcer Liberate ou libérez en VF) doivent être exécutés après une série d’attentats. Mais ils parviennent à s’échapper grâce à un dispositif temporel qui les ramène 65 ans en arrière, à Vancouver, en 2012.

La Protectrice Kiera Cameron, super flic du futur équipée d’une CMR, combinaison bourrée de gadgets high tech, est emportée avec les condamnés dans ce vortex temporel et n’aura de cesse de les traquer, pour éviter qu’ils ne changent le futur, son futur.

La série canadienne de science fiction Continuum se déroule donc à la fois de nos jours et en 2077, une époque où le monde est régi par le Congrès des Corporations, autrement dit les multinationales d’aujourd’hui devenues toute puissantes. Un univers que nous découvrons grâce aux « flashforwards » (flashbacks à l’envers, vers le futur).

 

la Protecrice Kiera Cameron est-elle du bon côté du manche ?
la Protectrice Kiera Cameron est-elle du bon côté du manche ?

Et là, ça ne rigole plus du tout.

Cet univers où les grandes sociétés ont remplacé les gouvernements est hyper sécurisé. Une technologie sophistiquée permet aux Protecteurs de traquer tout opposant à l’ordre établi. Or, celui-ci n’est pas très joyeux pour les citoyens lambda.

Dans l’épisode 9 de la saison 2 (attention spoiler ! ), ils sont décérébrés et transformés en ouvriers esclaves au service des corporations quand ils ne peuvent plus rembourser leurs dettes.

Les membres de Liber8 qui luttent contre cette oppression du capitalisme roi sont-ils vraiment des terroristes ?

Liberate sonne la révolte
Liber8 sonne la révolte

Certes, ils n’hésitent pas à tuer. Dans ce même épisode, Theseus, leur leader et maître à penser , « débranche » des milliers de ces travailleurs lobotomisés. Mais c’est pour leur éviter un sort peu enviable et détruire cet ordre nouveau bâti par les multinationales.

Violent, le groupe de résistants se bat néanmoins pour une cause juste.

 Une série gauchiste ?

Kiera Cameron, la Protectrice qui cherche à les capturer, protège elle une société qui broie les gens au bénéfice des riches.

La frontière entre « good » et « bad guys », d’habitude bien tranchée dans les séries made in USA, est ici nettement plus poreuse.

Cet univers orwellien dont les racines sont solidement enfoncées dans notre temps est plus effrayant qu’enviable, hormis pour les dirigeants des corporations.

Dans l’épisode 6 de la saison 1, la présidente du groupe pétrolier Exotrol (mélange d’Exxon et Petrol) est kidnappée par Liber8. Or, il s’avère que cette compagnie pétrolière et ses dirigeants sont totalement corrompus. Étonnant, non ? comme dirait le regretté Pierre Desproges.

 

PDG et corrompue
PDG d’une compagnie pétrolière et corrompue : pléonasme ?

Une série nord-américaine qui critique durement les multinationales et véhicule des messages politiques fortement teintés d’une idéologie d’extrême gauche, voilà qui n’est pas banal.

Le fait qu’elle soit canadienne explique peut-être ce discours gauchisant, même si les différences entre les deux pays semblent vu d’ici infinitésimales (même langue, même architecture, même glorification du libre échange, etc.)

Au-delà du côté divertissant d’une série qui mêle SF et thriller, fondée sur un scénario complexe à base de paradoxes temporels – le fondateur de cette société, scientifique génial, envoie une tueuse dans le passé pour tuer son moi plus jeune – Continuum met en scène un futur d’autant plus angoissant qu’il apparaît plutôt réaliste.

Le récent long métrage Elysium du sud-africain Neill Blomkamp (auteur en 2009 du très intéressant District 9, métaphore SF de l’apartheid) imagine lui aussi un futur – en 2154 – où les très riches vivent dans un monde paradisiaque (une station spatiale), tandis que les masses laborieuses souffrent sur une Terre dévastée et surpeuplée.

En 2154, mieux vaut vivre dans l'espace que sur Terre
En 2154, mieux vaut vivre dans l’espace que sur Terre

L’Empire des marques

Deux hypothèses face à ces imaginaires concordants.

1 Les scénaristes occidentaux sont soudainement devenus marxistes, voire maoistes

2  Ils ont pris conscience du décalage croissant entre une population très réduite de méga riches – 1 % de la population détient 46 % des richesses mondiales dixit le Crédit Suisse – et le reste de l’humanité.

Une situation qui ne pourra perdurer longtemps impunément.

Bien sûr, on peut toujours balayer ces œuvres de fiction d’un revers de la main, et accuser leurs concepteurs d’abuser de substances interdites.

Mais on peut aussi se souvenir que la science-fiction, en littérature comme au cinéma, a souvent tapé juste dans ses prédictions.

Non seulement en ce qui concerne l’avènement de certaines technologies (de Jules Verne à Retour vers le futur, voir ici), mais également à propos des évolutions sociales, politiques et économiques.

Les mondes de Soleil Vert  (seule l’élite a accès à une nourriture saine) ou d’Orange Mécanique (jeunes urbains ultra-violents) sont-ils vraiment très différents du nôtre ?

 

c'est pour quand, Soleil Vert ?
c’est pour quand, Soleil Vert ?

Pour revenir à Continuum, un futur totalitaire dominé par les marques est-il si difficile à imaginer, alors que le nouveau Monopoly Empire remplace les traditionnelles rues par Coca, Nestlé, Google et Samsung ?

Les jeunes ici ciblés pourraient bien devenir les travailleurs lobotomisés de 2077 …

Et les communicants qui militent pour que les entreprises prennent plus de poids dans tous les compartiments de la société, voire remplace les institutions et l’État dans certains secteurs, feraient bien de regarder cette série.

 

Cool Japan : le kawaii à la conquête de l’Asie

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Mignonnes et roses: les chanteuses de J pop sont définitivement kawaii

 

En Asie, la bataille des soft power est engagée.

Cette « puissance douce » est une manière alternative d’influencer les autres peuples, sans violence, en diffusant leur culture : musique, gastronomie, cinéma, bande dessinée, littérature, etc.

Persuasion plutôt que coercition, c’est le mécanisme du soft power.

Le Japon, dont l’économie mal en point depuis dix ans a plongé encore plus bas depuis le tsunami, l’a bien compris. En Asie, il s’appuie sur sa pop culture foisonnante pour diffuser son modèle de société, et au passage vendre encore plus de ses produits manufacturés.

Jusqu’à présent, on en connaissait essentiellement la version US du soft power : le fameux rêve américain, né dans les fifties et mis en scène par Hollywood, qui a depuis conquis l’imaginaire mondial.

Plus puissante que les armes de destruction massive, la culture américaine et ses valeurs – réussite individuelle, hyper technologie et star system – fait fantasmer depuis un demi-siècle les populations du monde entier, de Vladivostock à Pékin, des villages normands aux bidonvilles de Lagos.

Une hégémonie culturelle dorénavant menacée en Asie par des acteurs régionaux, comme l’Inde et le Japon.

Les films de Bollywood, très à la mode depuis quelques années, contribuent à faire mieux connaître la société du sous-continent aux populations asiatiques.

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danse, chants, couleurs et romance : l’Inde selon Bollywood

Tout le monde comprend qu’il s’agit d’une version caricaturale de la société indienne, l’une des plus complexe et sophistiquée. Mais grâce à la musique et l’humour, les productions bollywoodiennes sont plutôt efficaces pour gagner la sympathie de leurs voisins asiatiques.

Cool Japan

Mélange de science-fiction, de mangas, de films d’animation et de cosplay girls – ces jeunes filles qui se déguisent pour ressembler aux personnages de leurs mangas préférés -, le  Cool Japan, dont le kawaii (mignon) est le fer de lance, séduit la frange aisée de la jeunesse asiatique qui s’habille, boit, mange, lit , écoute comme son homologue de Tokyo ou Osaka.

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jeunes Thaïs incarnant des personnages cosplay à Bangkok

Son emblème : la petite chatte blanche et rose Hello Kitty, qui a supplanté Mickey sur les cartables et les trousses des écoliers thaïs, malais ou singapouriens.

Ironiquement, c’est un journaliste américain, Douglas Mc Gray, qui a inventé en 2002 cette notion du Cool Japan . Dans son article intitulé Japan’s Gross National Cool  – jeu de mot sur le Gross National Product ou Produit National Brut- et publié dans la revue américaine Foreign Policy, il parle déjà de l’archipel nippon comme d’une « superpuissance culturelle ».

Les pays d’Asie du Sud-Est  ont l’habitude de consommer du made in Japan depuis un demi-siècle  : l’archipel est le  deuxième partenaire commercial de  l’ASEAN (association des pays du Sud Est asiatique (1).

Le marché automobile, par exemple, est archi dominé par les constructeurs nippons. Les trois quarts des véhicules – camions, voitures et deux-roues – qui circulent dans ces contrées sont japonais. En 2011, selon les services économiques de l’Ambassade de France à Singapour, les voitures japonaises représentaient 70 % de la production locale et 84 % des ventes. 

Toyota à lui seul pèse près de 40 % du parc. À Bangkok, la totalité des taxis sont des Corolla fatiguées et bricolées pour marcher au gaz liquéfié.

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taxis 100 % Corolla à Bangkok
copyright Creative Perspective

Quant aux bemos (taxis collectifs) de Jakarta ou Bali, ce sont en grande majorité  des minibus Hiace.

Idem pour l’électroménager ou les supermarchés, comme la chaîne de supérettes 7 Eleven, qu’on rencontre à chaque coin de rue de Bangkok.

Mais si l’archipel a séduit les consommateurs asiatiques, il n’a pas encore conquis leurs coeurs. Tout au moins pas partout.

En Chine et Corée du Sud, les deux pays de la région qui ont le plus souffert de l’impérialisme japonais, le souvenir des exactions commises par l’armée impériale durant la Seconde Guerre Mondiale est encore vivace. Il a jusqu’à présent freiné le rayonnement culturel nippon.

 Si jeunes et déjà kawaii

En revanche, parmi les autres nations de l’ASEAN, la jeunesse semble se moquer de ce passif et embrasse avec enthousiasme la pop culture japonaise .

La mode nippone s’exporte dans ces pays à travers des chaînes comme Uniqlo, bien connue des fashionistas françaises, ou Wakai.

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les magasins Wakai : nom japonais, mode japonaise mais origine indonésienne

Ce mot, qui veut dire « style jeune » en japonais, est aussi le nom d’une enseigne indonésienne de vêtements, chaussures et accessoires qui fait fureur à Jakarta. La chaîne appartient à MetroxGroup, société indonésienne qui gère 278 boutiques en Indonésie, Singapour et Chine.

Wakai a créé son premier magasin en juillet dernier. Deux mois plus tard, elle a déjà ouvert huit boutiques dans la capitale indonésienne, métropole de plus  de 10 millions d’habitants.

La chaîne s’inspire clairement de la mode et des tendances en vigueur dans les quartiers branchés de Tokyo, Shinjuku ou Harajuku.  Et n’hésite pas à le proclamer haut et fort sur son site Web : « Wakai crée des produits lifestyle fabriqués soigneusement en fusion avec l’inspiration japonaise. Les produits incarnent un look moderne combiné à l’héritage de la culture japonaise ».

Cette « japonisation » s’exerce aussi en Thaïlande. Oishi Group (délicieux en japonais) possède plus de 150 restaurants de style nippon : sushis, barbecue, nouilles et fabrique des boissons à partir de thé vert, un marché qui connaît une croissance de 40 % par an en Thaïlande.

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un restaurant Oishi à Bangkok

La pop culture décroche son diplôme

Les universitaires du monde entier ont compris depuis longtemps l’importance du soft power comme moyen d’influencer le comportement des populations.

Au Japon, la pop culture est désormais enseignée à des étudiants japonais et étrangers. C’est le cas par exemple à la Bunka Fashion Graduate University de Tokyo.

défilé Chisung Ihn à la Bunka Fashion Graduate University

Cette école de stylisme appartient à la fondation Bunka Gaduen, dont l’objectif est d’éduquer des personnes capables de promouvoir la mode nippone au-delà des frontières de l’archipel. Des designers célèbres comme Yohji Yamamoto et Kenzo Takada ont suivi les cours de la Bunka Fashion College, une autre école gérée par cette fondation.

Plus de 60 % des étudiants de la Bunka Fashion Graduate University sont étrangers, mais les cours sont dispensés en japonais.

L’école donne aussi des cours de calligraphie, de peinture et d’arrangements floraux (ikebana) afin que les élèves acquièrent un certain sens de l’esthétique japonaise.

D’autres campus enseignent le Cool Japan . La Meiji University  propose des cours sur les mangas et l’animation. Le programme d’été « Cool Japan Summer » attire de nombreux étudiants étrangers désireux de pénétrer les arcanes de la pop culture nippone.

MeijiCoolJapan

La Kyoto Seika University a elle lancé un département manga en 2006, devenu récemment l’Université du Manga. Elle vient de créer l’Université de la Culture Populaire pour attirer des étudiants du monde entier qui deviendront les hérauts du soft power japonais dans leurs pays respectifs.

Des initiatives soutenues au plus haut niveau des institutions.

Shinzo Abe, le nouveau premier ministre, a mis en place un fond public/privé, le Cool Japan Promotion Organisation, doté de 50 milliards de yens (environ 371 millions d’€) pour soutenir les projets individuels et ouvrir des universités  Cool Japan à Singapour, Thaïlande, Dubaï et d’autres pays.

 

Abe et Tomomi kawaiisés
Abe et Tomomi kawaiisés

Selon les Échos , Abe a même nommé une ministre du Cool Japan,   Inada Tomomi, qu’elle définit comme  » un outil pour donner une meilleure image du pays à l’étranger ».

Un concept dont pourraient s’inspirer nos dirigeants. Une ministre de la French Touch ne serait pas de trop pour vanter à l’étranger nos réussites en musique, BD ou cinéma.

Le gouvernement japonais actuel, lui, a compris que le soft power était devenu un enjeu économique majeur, mais aussi diplomatique et culturel.

En ce moment, mieux vaut être associé à l’image de jeunes filles déguisées en chaton qu’à celle de Fukushima …

Cette offensive a un autre objectif, non-dit mais essentiel : contrer le succès grandissant des productions du voisins coréen sur les marchés thaï, malais ou singapourien.

Depuis quelques années, la K pop fait jeu égal avec les girls groups tokyoites, le chanteur Psy est devenu un phénomène mondial grâce aux réseaux sociaux et les films de Bong Joon-ho (The Host) ou Park Chan-wook (Old Boy) ont supplanté ceux de Takeshi Kitano.

Et derrière ce combat des soft power se cache un conflit beaucoup plus important pour l’économie japonaise, celui des chaebol coréens (Samsung, Hyundai,  LG) contre les conglomérats nippons  (Mitsubishi, Panasonic, Sony).

Le Kawaii à Paris

Men Z
le girl groupe Men Z

Après l’Asie, la France ?

Le Cool Japan investit  le parc Floral de Paris les 20 et 21 septembre avec l’événement Tokyo Crazy Kawaii Paris.

Groupes pop, cosplay girls, designers tokyoites, concepteurs  de jeux vidéo auront pour mission de faire connaître et partager le visage branché de la mégalopole japonaise, sans oublier la culture traditionnelle de l’archipel.

Les organisateurs de ce festival ont l’intention de « transformer un phénomène de mode en une tendance durable ».

Un objectif à leur portée, les jeunes français étant  les plus gros consommateurs de mangas hors du Japon.

Les mignons personnages Kawaii auront-ils plus de succès que les monstres anglo-saxons ? Les rues parisiennes seront-elles  bientôt envahies de jeunes filles déguisées en super héroïnes ou en petites chattes roses , comme c’est déjà le cas rue Keller dans le 11 ème arrondissement,   ?

Peut-être, mais le succès du kawaii n’est pas garanti. D’autres coutumes venues d’ailleurs ont échoué à s’implanter ici en s’appuyant sur le marketing culturel. Halloween, par exemple, a fait le buzz il y a quelques années sans réussir à vendre ses citrouilles et ses sorcières au consommateur français.

1 Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam

 

 

 

 

Électrique, léger et fun

 

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Cet œuf géant sur roues va-t-il révolutionner le transport urbain ?

L’ELF (pour électrique, léger et fun), a été conçu par Organic Transit, une société de Durham, Caroline du Nord (États-Unis).

Pour faire avancer ce triporteur high-tech, il faut pédaler. Mais on peut aussi se faire aider par le moteur électrique alimenté par un panneau solaire de 60 watts installé sur le toit incurvé de ce « véhicule urbain éco-mobile ».

Entre vélo électrique et Autolib à pédales , – il est équipé de rétroviseurs et de freins – l’ELF est un véhicule propre qui devrait intéresser tous ceux qui rêvent de villes débarrassées de la pollution chimique et sonore émise par les moteurs à combustion.

Il permet de faire du vélo sans effort, tout en étant protégé des aléas de la circulation par sa coque en polycarbonate. Il lui manque juste des portes pour être vraiment à l’abri du vent et de la pluie, des aléas climatiques plutôt fréquents dans nos contrées.

Son coffre peut accueillir les courses du jour et, comme le notent ses concepteurs, l’ELF est un moyen « de remplacer la salle de sport en faisant son exercice quotidien tout en se déplaçant »

L’ELF pèse environ 70 kg, peut tracter jusqu’à 150 kg et atteindre 30 Km/h avec l’assistance électrique. La batterie de 48 volts et 10 ampères se charge en une heure, ou sept heures via le panneau solaire, pour une autonomie d’environ 30 Km.

Ralph Cotter, son concepteur, vient de l’univers automobile (Porsche, BMW). Comme nombre d’entrepreneurs américains, il a eu recours au site de crowdfunding Kickstarter pour développer son projet. Avec succès : il a levé 226 000 dollars, soit plus du double de la somme demandée, 100 000 dollars.

Seul hic, mais de taille : l’ELF n’est pour l’instant disponible que sur le continent nord américain au prix de 5 000 $ (environ 3750 €).

Néanmoins, la société de Durham explique travailler à un modèle destiné l’Union Européenne. Avec comme objectif ultime de distribuer son véhicule hybride « partout dans le monde ».

Reste que ce vélo gros comme une petite voiture sans permis semble plus adapté aux cités américaines conçues pour et autour de l’automobile, aux larges avenues et innombrables parkings, que pour nos villes européennes où se garer est devenu un casse-tête. Sans parler des voies cyclables, bien trop étroites pour cet ELF là.  À moins que les automobilistes de Londres, Paris ou Berlin décident de se débarrasser en masse de leur voiture pour adopter un de ces sympathiques triporteurs non polluants.

Une hypothèse certes peu crédible, mais qui ne devrait pas empêcher nos grandes municipalités déjà engagées dans la promotion de la bicyclette en milieu urbain (Lyon, Paris) d’étudier de près ce nouveau véhicule.

Faire baisser la pollution tout en affinant la silhouette, c’est le tour de magie que se proposent de réaliser ces ELF roulants.