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L’INVENTEUR DU WEB À LEWEB

Il a créé le Web. Normal qu'il soit invité à LeWeb ...
Il a créé le Web. Normal qu’il soit invité à LeWeb …

Non, le Web n’a pas toujours existé, contrairement à ce que pense la Génération Z, née après 1989.

Le World Wide Web a 25 ans. Et pour fêter ça, son concepteur, Sir Timothy Berners-Lee était l’invité de la conférence LeWeb 2014 en décembre dernier. Sans lui, ce blog n’existerait pas, ni les milliards de pages éditées depuis la naissance de ce nouveau média unique en son genre puisque le récepteur – l’internaute – est aussi émetteur : de texte, de photos, de vidéos.

Le Web, c’est l’Internet de tout le monde, la vitrine grand public d’un réseau conçu à l’origine pour des militaires (Arpanet, 1969) par la fameuse DARPA, l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense, les Men In Black du Ministère de la Défense US.

Mais si le protocole TCP/IP (Transmission Control Protocol/Internet Protocol) a bien été inventé par les Américains , c’est en Europe, au CERN de Genève , l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire , que le physicien et informaticien britannique (il construit son premier ordinateur à 25 ans) imagine le dispositif qui va tout changer : l’hypertexte. Ou la possibilité de bondir d’une page à l’autre en cliquant sur un simple lien.

Sir Tim, qui n’est pas encore un Lord, passe en 1994 du CERN au MIT  où il crée le W3C (World Wide Web Consortium), organe chargé de s’assurer que la Toile reste bien accessible à tous. Un principe qui commence à s’effriter sous les coups des multinationales du Web qui cherchent à imposer un Internet à deux vitesses : rapide (et plus cher)  pour eux, gratuit mais lent, pour l’internaute de base.

Sir Tim, que voyez-vous venir ?

Invité par Loïc Le Meur (qui avait 17 ans quand Sir Tim concevait le WWW), le créateur du Web tel qu’on le pratique depuis deux décennies (le réseau est vraiment devenu pratique en 1994 avec l’interface Mosaic ), l’inventeur des hyperliens a le verbe rapide, saccadé, légèrement bégayant et, pour tout dire, assez difficile à décrypter.  On dirait que trop de pensées se bousculent et veulent sortir simultanément.

Tim à l'époque de Mosaic
Tim à l’époque de Mosaic

Sur la scène de LeWeb, cet homme qui a profondément changé la société, passée du spectacle cher à Guy Debord au social comme les réseaux éponymes, ne semble pas convaincu par l’évolution de son bébé numérique . Pour lui, « les réseaux sociaux sont en silos » et « mettre une appli sur son iPad pour lire un magazine, c’est perdre tout l’intérêt du Web ».

Fichtre : Sir Tim serait-il devenu un vieux ronchon dépassé, incapable de discerner l’évolution du Web ? Le grand ancêtre de tous les geeks est-il devenu ringard ? Pas du tout. Au contraire, il rappelle des vérités qui sont trop souvent négligées sous prétexte de course à la modernité : un il faut conserver ses données dans un endroit sûr (qui n’est PAS le cloud), deux la neutralité du Réseau (Net neutrality) est indispensable. Deux injonctions empreintes de sagesse qu’il convient de ne pas négliger sous peine de désagréments sévères (n’est-ce pas Sony ?).

Ultime preuve de la vraie modernité du Lord inventeur qui, contrairement à une bonne partie des geeks mâles, n’est pas misogyne (n’est-ce pas les gamers ?), il encourage les femmes à coder car, eh oui, « elles sont très bonnes dans cet exercice ». Plus globalement, Sir Tim voudrait que tout le monde se mette à coder, et le plus tôt possible. Un moyen de redonner du pouvoir à l’internaute ballotté entre les ambitions commerciales voire transhumanistes des GAFA (Google Apple Facebook Amazon ).

Les IA arrivent

Les IA seront-elles bienveillantes ?
Les IA seront-elles bienveillantes ?

Développement attendu ou redouté de l’informatique, l’IA (Intelligence Artificielle) arrive selon Sir Tim, qui se demande si « la conscience pourrait devenir une suite de codes ». Certes, « les robots sont déjà présents dans les grandes compagnies », mais il faut « surveiller le moment où un robot aura des droits au tribunal ».  Et si on inscrivait les Trois lois de la robotique d’Isaac Asimov dans la Constitution ? Ça pourrait faire gagner du temps et nous éviter un futur à la Terminator .

Dans futur numérique  composé de minipixels, qui seront « partout : les murs deviendront des écrans. La réalité immersive arrive ».  Espérons que les émules du créateur visionnaire qu’est Sir Tim feront de notre avenir informatique un monde plus proche de celui d’Asimov que  de Schwarzenegger.

Darty invente le majordome 2.0

Le bouton connecté va-t-il révolutionner le service client ?
Le bouton connecté va-t-il révolutionner le service client ?

Les riches Anglais des années 30 appuyaient sur un bouton pour sonner leur majordome, prompt à répondre à toutes leurs exigences. Dorénavant, les clients de Darty auront aussi leur Jeeves personnel.

Inventeur il y a quarante ans du fameux contrat de confiance, l’enseigne d’électroménager investit la sphère digitale en lançant le bouton Darty, un objet connecté qui fait basculer la relation client dans l’ère 2.0.

Le bouton est à la fois physique – aimanté, il se colle sur un réfrigérateur par exemple – et virtuel, sous la forme d’une appli. Il suffit d’arracher la languette située sur son verso et de saisir le code d’accès de sa box Internet sur l’application Darty pour smartphone (iOS et Android) ou depuis un ordinateur. Sans fil, l’autonomie du bouton est de 2 ans selon son concepteur.

La version digitale du bouton peut être installée sur un smartphone ou une tablette (téléchargeable sur les stores). Mais également sur son ordinateur (PC ou Mac) en le téléchargeant sur Darty.com.

Concierge 2.0

 

Sa fonction principale : contacter un des 750 téléconseillers dans un des 7 centres d’appels – tous situés sur le territoire français, comme tient à le rappeller Régis Schultz, pdg de l’enseigne – pour tout renseignement d’ordre technique, pratique ou commercial.

« Avec le bouton, le consommateur dispose en permanence de l’équivalent d’une conciergerie qui va identifier en interne une personne compétente susceptible de répondre à la question posée », explique Christophe Cadic, directeur de la digitalisation de Darty.

Et comme 50 % des problèmes sont résolus par téléphone, le bouton peut accélérer le processus. Lorsque le dépannage ne peut être réalisé, « un rendez-vous est pris avec un dépanneur Darty qui se déplacera sous 24 heures, dans un créneau de 2 heures » promet l’enseigne.

Autre atout mis en exergue par le pdg : le bouton est universel. On peut s’en servir même pour un problème ou une panne sur un appareil qui n’a pas été acheté chez Darty, quels que soient sa marque et son âge, même s’il n’est plus sous garantie.

En fait, il s’agirait des produits « référencés » par Darty, comme le rappelle Challenges.

 

Objet utile ou simple magnet ?
Objet utile ou simple magnet ?

 

Il est aussi personnalisé : Darty a conçu le bouton comme un objet personnel. Nominatif, il contient l’identité de son utilisateur qui s’est créé un compte depuis son smartphone et/ou a souscrit au service Le bouton en magasin. Au bout du fil, le conseiller Darty reconnaît l’utilisateur et dispose de son historique d’achat.

 Et d’après le directeur digital, le bouton est prêt à se brancher aux nombreux autres objets connectés qui vont envahir nos existences.

 Ce concierge numérique a néanmoins un coût : 25 euros, plus 2 par mois d’abonnement pour le bouton physique. Pour la version digitale, il faut payer l’abonnement.

Les clients de Darty sont-ils prêts à payer pour un service dont ils ne se serviront peut-être peu, voire pas du tout ?

Sur le Web, les réactions sont plus que mitigées. Les internautes mécontents du service après vente préfèreraient qu’il soit plus efficace plutôt que connecté et payant.

Le digital est-il l’avenir du service client ou  le bouton Darty restera-t-il un simple magnet de plus sur le frigo ?

Réponse dans quelques mois, la commercialisation du bouton étant prévue à partir d’octobre 2014.

forum netexplo 2014 : deux jours pour décrypter la révolution numérique

les dix lauréats Netexplo 2014 copyright LDherines
les dix lauréats Netexplo 2014
copyright LDherines

La septième édition du Forum Netexplo s’est déroulée les 26 et 28 mars au Palais de l’Unesco. Près de 1500 décideurs sont venus découvrir les innovations numériques qui vont bouleverser nos vies. Entrepreneurs, experts, journalistes et universitaires se sont succédé pour décrypter les nouveaux usages engendrés par la révolution digitale.

JOUR 1 : UNE VIGIE SUR L’OCÉAN NUMÉRIQUE

 « Les ambitions de ce forum unique au monde qu’est Netexplo font écho à celles de l’Unesco. C’est grâce à la technologie que l’être humain décuple ses forces. Mais ce n’est pas la technologie qui peut changer le monde, c’est l’usage qu’on en fait » a rappelé Getachew Engida, directeur général adjoint de l’Unesco en ouvrant la septième édition du Forum.

Thierry Happe, cofondateur de Netexplo, a évoqué le rôle du Forum et de son Observatoire : détecter les innovations numériques dans le monde entier et les mettre en perspective. Une mission remplie dès la première édition en 2008, avec la présence au sein des lauréats de Twitter, Psiphon (réseau d’alerte sur mobiles) ou encore l’impression 3D.

Une projection de la première page Web datant du 19/03/1989 a permis de rendre hommage à la création du World Wide Web par Tim Berners-Lee il y a tout juste 25 ans. Depuis cette date historique, « notre société est devenue totalement digitale » a rappelé Thierry Happe.

C’est pourquoi, selon le cofondateur de Netexplo, le déluge de données que nous produisons, le fameux Big Data, n’est pas près de se tarir : 2,7 milliards de personnes, soit 40 % de la population mondiale, sont reliées au réseau et 6,8 milliards possèdent un téléphone mobile.

 

Thierry Happe cofondateur de Netexplo copyright LDherines
Thierry Happe cofondateur de Netexplo
copyright LDherines

Et ça n’est pas fini : deux géants du Net, Facebook et Google, travaillent actuellement sur des dispositifs capables de connecter l’ensemble de la planète. Un réseau de drones pour le réseau social, des ballons stratosphériques pour le moteur de recherches ».

Une fois branchés sur le réseau, les 7 milliards d’humains viendront alimenter en datas les énormes « fermes » de serveurs qui sont déjà responsables de 2 à 3 % des émissions de CO2, soit l’équivalent du transport aérien. Un sujet de réflexion pour les multinationales du Web qui vont devoir concilier expansion numérique et développement durable.

Des solutions seront peut-être trouvées par certains des 6 millions d’étudiants qui suivent des MOOC, ces cours dispensés en ligne popularisés par Salman Khan, qui vont révolutionner les méthodes d’éducation.

Déjà, les digital natives apprennent de moins en moins dans les livres : l’image est en train de devenir la nouvelle grammaire de l’ère numérique. « Le selfie, cette photo de soi qu’on poste sur les réseaux sociaux, a d’ailleurs été élu mot de l’année par l’Oxford Dictionary » a relevé Thierry Happe.

MY LIFE WITH DATA

 

l'appli Wibbitz (Grand Prix 2014) transforme du texte en vidéo
l’appli Wibbitz (Grand Prix 2014) transforme du texte en vidéo

Après ce rappel de la nature de Netexplo et de sa mission, Thierry Happe a laissé place à Julien Levy, professeur à HEC Paris, un des partenaires du Forum, pour un moment clé de cette première journée : la présentation de l’étude Netexplo Trend Reports, intitulée cette année My life with data.

Depuis sept ans, l’équipe du sociologue Bernard Cathelat identifie les tendances émergentes issues de l’usage des nouveaux outils digitaux et les rassemble dans cette étude Trend Reports.

Trois grands thèmes ont été identifiés.

Le premier est la modélisation de l’espace (modeling space) avec la data transformation : saisir, diffuser, visualiser, et  le data space : capter et produire des objets physiques, grâce en particulier à l’impression 3D.

Le deuxième thème est celui de la modélisation du corps (modeling the body) qui devient un « corps machine » bionique, capable de « surveiller et punir » comme le prédisait Michel Foucault.

Le troisième thème, c’est la modélisation des comportements (modeling behaviors), ou le numérique au service de la santé physique et mentale. Mais également la faculté de prédire les façons d’agir futures, que Julien Levy nomme le « predictive you ».

 

SkinPrint ou la peau humain imprimée en 3D
SkinPrint ou la peau humaine imprimée en 3D

Utiliser la technologie ne date pas d’hier, comme l’a rappelé Julien Levy en invoquant Galilée qui déclarait que « l’univers est un livre écrit dans la langue mathématique ». Un langage qui a permis la révolution digitale que nous connaissons et ce phénomène massif de production de données « sur tout, partout, tout le temps et par tous les moyens » dixit Julien Levy.

La société numérique abreuvée d’informations sera-t-elle celle de la transparence totale, comme en rêvait le philosophe anglais Jeremy Bentham ? Mais cette transparence comporte un risque majeur : celui de mettre en place une surveillance généralisée dans laquelle Big Brother s’appellerait NSA.

LE TRIOMPHE DE L’IMAGE

Pour Véronique Morali, présidente du Women’s Forum et de Webedia, le numérique peut redonner au Net la « dimension égalitaire et émancipatrice » de ses débuts, avec des innovations comme BRCK, ou au contraire favoriser un asservissement dû à cette hyper connexion.

D’après ce grand témoin, le monde de l’entreprise n’a pas encore fait sa révolution numérique. « La montée en puissance des réseaux sociaux d’entreprise, par exemple, est positive si elle s’accompagne de pédagogie. Mais en réalité, rien n’est plus antinomique que la culture d’entreprise et celle de l’Internet» avertit la présidente du Women’s Forum.

Une raison de plus pour les cadres dirigeants des grands groupes français d’assister au Forum Netexplo, afin de mieux comprendre comment introduire efficacement les nouveaux instruments digitaux dans les pratiques de leurs sociétés.

 

Mobile 3D scanner permet de créer un fichier 3D avec n'importe quel smartphone
Mobile 3D scanner permet de créer un fichier 3D avec n’importe quel smartphone

La remise des prix aux lauréats a permis de mettre des visages sur des inventions souvent dématérialisées.

Les dix innovateurs ont reçu une œuvre d’art unique, un robot en métal frappé du @ d’Internet de l’artiste français Hervé Di Rosa, dont la forme et l’aspect changent chaque année. « Une oeuvre collector à laquelle les lauréats sont très attachés, puisque aucun robot Di Rosa n’est apparu sur eBay » s’est félicité Thierry Happe.

Le lauréat du Grand Prix Netexplo 2014, Wibbitz, illustre la prééminence de l’image sur le texte. Le logiciel mis au point par le duo israélien Yotam Cohen et Zohar Dahan transforme en quelques secondes un contenu écrit en une vidéo qui synthétise et illustre le texte en images et en sons. Pour Nicolas Bordas, président de TBWA Europe, «  c’est une vraie disruption, le Twitter de demain »

 LES DIGITAL YOUNG LEADERS S’EXPRIMENT

L’après-midi commence par les prédictions du cabinet Deloitte en matière de technologies.

Le dynamique Duncan Stewart a démontré avec humour que certains objets nouveaux, comme les « phablets », ces smartphones géants à mi-chemin du téléphone et de la tablette, peuvent être un flop en Occident mais un énorme succès en Asie.

Duncan Stewart de Deloitte aime les présentations énergiques
Duncan Stewart de Deloitte aime les présentations énergiques

Il a aussi fait un sort à certaines idées reçues, comme la mort annoncée de la télévision. Non seulement la télévision n’est pas morte, mais d’ici 2020, 90 % du trafic Internet sera composé de flux vidéos qu’on visionnera sur des téléviseurs. Les modèles compatibles 4K, une norme de « super haute définition », seront vendus à des prix abordables dès la fin de l’année.

Autre annonce du prévisionniste en chef de Deloitte : dans dix ans, l’utilisation des réseaux sociaux sera obligatoire en entreprise. Les actuels réticents feraient bien de s’y mettre dès maintenant.

Nouveauté de cette édition 2014 de Netexplo : les « digital young leaders », ces étudiants du monde entier qui seront les Zuckerberg et Jobs de demain, se sont exprimés sur les dix innovations lauréates. Une vidéo projetée plusieurs fois durant ces deux jours et dont les propos ont été décryptés par les professeurs des universités partenaires du Forum.

 UNE PLATEFORME D’INFORMATION PANAFRICAINE

Autre moment fort de cette première journée : la présentation d’Amadou Mathar Ba, créateur d’Allafrica.com, une plateforme d’information couvrant l’ensemble du continent. Il a été distingué par le magazine Forbes comme une des dix personnalités africaines les plus influentes. Pour Thierry Happe, il est évident que « l’Afrique va jouer un rôle de plus en plus important dans le monde de l’innovation », citant le succès d’Ushahidi (lauréat en 2009), un site de crowdsourcing des conflits qui a eu un impact mondial.

Amadou Mathar ba, concepteur d'allafrica.com
Amadou Mathar ba, concepteur d’allafrica.com

Allafrica.com est né du constat qu’il n’existait aucun média panafricain. « Nous serons deux milliards d’ici 2050, et les citoyens africains ne peuvent attendre de réponse de leurs leaders qui ont complètement échoué »  a analysé Amadou Mathar. Les nouvelles générations africaines embrassent la révolution numérique, même si le continent noir ne contribue pour l’instant que pour 1,5 % aux milliards de données créées chaque année.

Pour le concepteur d’Allafrica.com, « l’obstacle majeur à la progression de l’Afrique, c’est le poids de la tradition ». Mais il reste confiant dans l’apparition prochaine d’équivalents africains de Steve Jobs ou Marck Zuckerberg. Juliana Rotich, qui dirige l’équipe d’Ushahidi et a conçu BRCK, une des dix innovations récompensée, en est un exemple.

 LE CHILI, HAVRE POUR START-UP

Après l’Afrique, c’est l’Amérique latine qui est à l’honneur à travers Start-up Chile, une initiative du gouvernement chilien pour attirer les innovateurs.

Comme l’a rappelé Francis Pisani, « le Chili est un pays très isolé, coincé entre le Pacifique et les Andes ». Comment faire venir les entrepreneurs jusqu’à ce pays lointain ? « Le gouvernement a décidé de les inviter. Car ces start-up vont créer de la valeur et des emplois » répond Nicolas Shea, responsable du projet.

 

Nicolas Shea (au milieu), porte parole de Start-up Chile
Nicolas Shea (au milieu), porte parole de Start-up Chile

La mission de cet ancien de l’université de Standford (Californie) : faire du Chili le hub de l’innovation de l’Amérique latine. Ses outils : des visas d’un an délivrés en 72 heures, 40 000 dollars de capital offerts à chaque entrepreneur sans contrepartie, si ce n’est de résider au Chili et d’aller à la rencontre des habitants. Résultats : les startupeurs étrangers restent dix mois en moyenne, sont visités par quatre personnes par an et emploient 1,2 Chilien. Mieux : 40 % de ces nouvelles entreprises restent dans le pays. Elles y ont investi plus de 50 millions de dollars et embauché mille personnes. Une politique qui porte ses fruits puisque Start-up Chile a enregistré plus de 10 000 demandes venues du monde entier.

 SILICON VALLEY : VIEUX MONDE CONTRE JEUNES POUSSES

C’est Georges Nahon, responsable de l’OrangeLab Silicon Valley, qui a été chargé de conclure une première journée riche en découvertes et en enseignements sur les changements induits par la révolution digitale. Exemple : les grands opérateurs télécoms américains sont en train de remplacer leurs infrastructures en cuivre par des émetteurs récepteurs WiFi. Et c’est Amazon, roi du e-commerce, qui a décroché le contrat pour construire le data center de la CIA aux dépens d’IBM.

 

Georges Nahon, patron de l'OrangeLabs de San Fransisco : "le vieux monde s'écroule"
Georges Nahon, patron de l’OrangeLab de San Fransisco : « le vieux monde s’écroule »

« Le capital-risque a changé, et le mobile est une hydre qui s’infiltre partout » ajoute Georges Nahon.

Les grands noms de l’informatique d’hier, les Bill Gates ou Michael Dell, sont remplacés par les Larry Page (Google), Jeff Bezos (Amazon) et Marc Zuckerberg (Facebook), dont les jeunes sociétés pèsent des milliers de milliards de dollars. « La Silicon Valley est dominée par ces géants du Net qui achètent des start-up à tout va. Les acquisitions à plus d’un milliard de dollars se multiplient. Ici, la « next big thing », c’est le « big » analyse le patron d’OrangeLab Silicon Valley.

 

Pour cet observateur situé dans ce qui demeure la principale source mondiale de l’innovation numérique, « le vieux monde s’écroule et la disruption est la nouvelle réalité ».

Avis aux patrons des grands groupes : les entreprises sont devenues des réseaux. Les stratégies des PDG vont devoir prendre en compte rapidement ce « changement tectonique », selon la formule de Georges Nahon, s’ils ne veulent pas voir leurs entreprises disparaître du paysage économique.

 JOUR 2 : VERS L’HOMME BIONIQUE

Quelle meilleure manière de débuter cette seconde journée d’échanges par une intervention de Joël de Rosnay ?

Biologiste et informaticien, il a été un pionnier de la « biotique » (terme qu’il a inventé), cette fusion du biologique et de l’informatique.

Sur la scène du Forum, il a annoncé l’arrivée imminente de la communication symbiotique.  « Nous sommes déjà des hommes et des femmes augmentés grâce à nos smartphones  » a-t-il rappelé.

 

Jöel de Rosnay annonce l'homme bionique
Jöel de Rosnay annonce l’homme bionique

Mais la véritable communication symbiotique, dont les deux piliers sont les architectures virtuelles numériques, comme le cloud computing, et les objets connectés, sera bien plus que cela.

Lentilles de réalité augmentée, patchs collés sur le larynx, interfaces sans contact : « notre corps devient un émetteur récepteur et la peau un écran tactile » explique Joël de Rosnay, pour qui la véritable révolution en marche est l’électronique moléculaire.

Déjà, les GAFAM (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) colonisent l’ensemble des secteurs classiques de l’industrie comme l’automobile ou la domotique. « Les GAFAM deviennent des empires qui veulent conquérir les technologies NBICE (Nano Bio Info Cogno Eco) » avertit le scientifique.

Pour Joël de Rosnay, ce sont « les nouveaux barbares », des sociétés transhumanistes (mouvement prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains) qui visent rien moins que nous rendre immortels.

 

les transhumanistes vont-ils nous transformer en cyborgs ?
les transhumanistes vont-ils nous transformer en cyborgs ?

« Nous sommes dans une phase de mutation de l’humanité »  avertit le conseiller à la présidence d’Universciences.

Seule solution si on veut éviter l’avènement d’un « Frankenmonde » où cet homme-machine aurait perdu son humanité : créer une utopie constructive dont les valeurs sont le partage, la générosité, l’empathie et l’altruisme.

 LE MUSÉE DE DEMAIN EN RÉALITÉ AUGMENTÉE

Moins anxiogène, la rencontre entre l’art et le digital est en train de donner naissance au musée de demain. Mais le musée physique n’est pas mort, loin de là, selon Sree Sreenivasan, directeur digital du Metropolitan Museum of Arts (MET) de New York.

Pour lui, le futur réside dans le story telling : « nous proposons des vidéos de deux minutes d’un conservateur parlant d’un objet » évoque Sree Sreenivasan, qui rappelle que le site Web du MET compte 140 millions de pages vues et 24 millions de visiteurs uniques par an.

 

le MET de New-York envisage d'équiper ses visiteurs de lunettes de réalité augmentée Oculus Rift copyright JasonHenryNew-York Times
le MET de New-York envisage d’équiper ses visiteurs de lunettes de réalité augmentée Oculus Rift
copyright JasonHenryNew-York Times

Les réseaux sociaux ne sont pas oubliés puisque le musée new yorkais est présent sur la quasi-totalité de ces médias sociaux. « Il faut y aller quand vous êtes prêts ainsi que votre public » conseille-t-il.

Le vénérable musée fondé en 1866 accueille avec enthousiasme les nouveaux outils numériques. Son directeur digital annonce l’arrivée prochaine des Google Glass et la possible utilisation du casque de réalité augmentée pour gamers Oculus Rift (récemment racheté par Facebook pour deux milliards de dollars). Reste qu’avec ou sans réalité augmentée, « c’est toujours magique d’être en face d’une œuvre d’art » conclut Sree Sreenivasan.

 DES LIVRES NUMÉRIQUES POUR ÉDUQUER L’AFRIQUE

Après Allafrica.com, une autre initiative venue d’Afrique va sans doute changer en profondeur le destin de toute une jeunesse. Il s’agit de QuickDo, imaginée par Dominique Buende, ingénieur informatique camerounais lauréat 2013 du prix de l’entrepreneur social de la fondation Orange.

 

Dominique Buende est venu présenter son projet de liseuses numériques QuickDo au Forum netexplo
Dominique Buende est venu présenter son projet de liseuses numériques QuickDo au Forum Netexplo

Dominique Buende est parti d’un constat : 90 % des livres vendus en Afrique francophone (34 pays) sont importés, il existe moins de trois éditeurs par pays pour moins de 1200 titres édités par an. En cause : des infrastructures défaillantes, un pouvoir d’achat limité, une prééminence de l’argent liquide. La solution QuickDo consiste en un réseau de bornes associé à des liseuses numériques. « C’est un modèle solidaire et économiquement viable » estime son concepteur.

 LA E SANTÉ EN QUESTION

Les innombrables applis dédiées à la e-santé, associées aux objets connectés du quantified self, vont-elles améliorer la qualité de nos existences ou sont-elles une source de stress supplémentaire ?

Pour répondre à cette question cruciale, Netexplo a invité le docteur Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste.

Une des évolutions qui inquiète ce spécialiste de la santé, ce sont les développements rapides des technologies d’analyse du génome humain.

 

le docteur Saldmann s'inquiète de la marchandisation du génome humain
le docteur Saldmann s’inquiète de la marchandisation du génome humain

On peut désormais décrypter le génome d’une personne en 24 heures pour mille dollars. Voire pour 100 dollars en Chine. Et le marché des tests génétiques devrait atteindre 25 milliards de dollars en 2020. « Une biobanque est-elle en train d’être constituée ? Si c’est le cas, comment s’assurer de la confidentialité des données génétiques ? » s’interroge le docteur Saldmann.

Une course au génome inquiétante, alors que la génétique n’intervient que pour 15 % dans l’évolution bonne ou mauvaise de notre santé. « Je refuse de prescrire ce type de tests qui sont anxiogènes, surtout pour la maladie d’Alzheimer » tranche le médecin.

 

Des télomères longs = bonne santé et longévité
Des télomères longs = bonne santé et longévité

La mesure des télomères, des manchons entourant l’extrémité des chromosomes, est une autre avancée de la médecine ciblée par les futures applis d’e-santé. En effet, des télomères longs sont signe de bonne santé, raccourcis, ils annoncent des maladies. « Quelqu’un d’un peu stressé va consulter compulsivement son appli et stresser encore plus » pense Frédéric Saldmann. Pour lui, plus que des applis ou des dispositifs de surveillance de son organisme,  rien ne vaut l’exercice physique et une stimulation permanente du cerveau. Ou, pour les moins énergiques, la méditation : la science a prouvé que cette discipline permet d’allonger ses télomères.

C’est Indrajit Banerjee de l’Unesco qui a conclu ces deux journées fructueuses. « L’Unesco est toujours aussi fière d’accueillir Netexplo. Ici, nous essayons de comprendre comment ces innovations contribuent à nos missions. C’est pourquoi nous espérons continuer de soutenir et héberger cet événement ».

Toute l’équipe de Netexplo a été rejointe sur scène par l’ensemble des enseignants des universités partenaires sous les applaudissements d’un public toujours nombreux ce vendredi à 18 heures. « Cette année, c’était encore mieux que l’année dernière » a estimé Martine Bidegain, cofondatrice de Netexplo.

 

2077 : les corporations dominent le monde

Vancouver 2077 : les multinationales ont gagné

En 2077, des terroristes du groupe Liber8 (prononcer Liberate ou libérez en VF) doivent être exécutés après une série d’attentats. Mais ils parviennent à s’échapper grâce à un dispositif temporel qui les ramène 65 ans en arrière, à Vancouver, en 2012.

La Protectrice Kiera Cameron, super flic du futur équipée d’une CMR, combinaison bourrée de gadgets high tech, est emportée avec les condamnés dans ce vortex temporel et n’aura de cesse de les traquer, pour éviter qu’ils ne changent le futur, son futur.

La série canadienne de science fiction Continuum se déroule donc à la fois de nos jours et en 2077, une époque où le monde est régi par le Congrès des Corporations, autrement dit les multinationales d’aujourd’hui devenues toute puissantes. Un univers que nous découvrons grâce aux « flashforwards » (flashbacks à l’envers, vers le futur).

 

la Protecrice Kiera Cameron est-elle du bon côté du manche ?
la Protectrice Kiera Cameron est-elle du bon côté du manche ?

Et là, ça ne rigole plus du tout.

Cet univers où les grandes sociétés ont remplacé les gouvernements est hyper sécurisé. Une technologie sophistiquée permet aux Protecteurs de traquer tout opposant à l’ordre établi. Or, celui-ci n’est pas très joyeux pour les citoyens lambda.

Dans l’épisode 9 de la saison 2 (attention spoiler ! ), ils sont décérébrés et transformés en ouvriers esclaves au service des corporations quand ils ne peuvent plus rembourser leurs dettes.

Les membres de Liber8 qui luttent contre cette oppression du capitalisme roi sont-ils vraiment des terroristes ?

Liberate sonne la révolte
Liber8 sonne la révolte

Certes, ils n’hésitent pas à tuer. Dans ce même épisode, Theseus, leur leader et maître à penser , « débranche » des milliers de ces travailleurs lobotomisés. Mais c’est pour leur éviter un sort peu enviable et détruire cet ordre nouveau bâti par les multinationales.

Violent, le groupe de résistants se bat néanmoins pour une cause juste.

 Une série gauchiste ?

Kiera Cameron, la Protectrice qui cherche à les capturer, protège elle une société qui broie les gens au bénéfice des riches.

La frontière entre « good » et « bad guys », d’habitude bien tranchée dans les séries made in USA, est ici nettement plus poreuse.

Cet univers orwellien dont les racines sont solidement enfoncées dans notre temps est plus effrayant qu’enviable, hormis pour les dirigeants des corporations.

Dans l’épisode 6 de la saison 1, la présidente du groupe pétrolier Exotrol (mélange d’Exxon et Petrol) est kidnappée par Liber8. Or, il s’avère que cette compagnie pétrolière et ses dirigeants sont totalement corrompus. Étonnant, non ? comme dirait le regretté Pierre Desproges.

 

PDG et corrompue
PDG d’une compagnie pétrolière et corrompue : pléonasme ?

Une série nord-américaine qui critique durement les multinationales et véhicule des messages politiques fortement teintés d’une idéologie d’extrême gauche, voilà qui n’est pas banal.

Le fait qu’elle soit canadienne explique peut-être ce discours gauchisant, même si les différences entre les deux pays semblent vu d’ici infinitésimales (même langue, même architecture, même glorification du libre échange, etc.)

Au-delà du côté divertissant d’une série qui mêle SF et thriller, fondée sur un scénario complexe à base de paradoxes temporels – le fondateur de cette société, scientifique génial, envoie une tueuse dans le passé pour tuer son moi plus jeune – Continuum met en scène un futur d’autant plus angoissant qu’il apparaît plutôt réaliste.

Le récent long métrage Elysium du sud-africain Neill Blomkamp (auteur en 2009 du très intéressant District 9, métaphore SF de l’apartheid) imagine lui aussi un futur – en 2154 – où les très riches vivent dans un monde paradisiaque (une station spatiale), tandis que les masses laborieuses souffrent sur une Terre dévastée et surpeuplée.

En 2154, mieux vaut vivre dans l'espace que sur Terre
En 2154, mieux vaut vivre dans l’espace que sur Terre

L’Empire des marques

Deux hypothèses face à ces imaginaires concordants.

1 Les scénaristes occidentaux sont soudainement devenus marxistes, voire maoistes

2  Ils ont pris conscience du décalage croissant entre une population très réduite de méga riches – 1 % de la population détient 46 % des richesses mondiales dixit le Crédit Suisse – et le reste de l’humanité.

Une situation qui ne pourra perdurer longtemps impunément.

Bien sûr, on peut toujours balayer ces œuvres de fiction d’un revers de la main, et accuser leurs concepteurs d’abuser de substances interdites.

Mais on peut aussi se souvenir que la science-fiction, en littérature comme au cinéma, a souvent tapé juste dans ses prédictions.

Non seulement en ce qui concerne l’avènement de certaines technologies (de Jules Verne à Retour vers le futur, voir ici), mais également à propos des évolutions sociales, politiques et économiques.

Les mondes de Soleil Vert  (seule l’élite a accès à une nourriture saine) ou d’Orange Mécanique (jeunes urbains ultra-violents) sont-ils vraiment très différents du nôtre ?

 

c'est pour quand, Soleil Vert ?
c’est pour quand, Soleil Vert ?

Pour revenir à Continuum, un futur totalitaire dominé par les marques est-il si difficile à imaginer, alors que le nouveau Monopoly Empire remplace les traditionnelles rues par Coca, Nestlé, Google et Samsung ?

Les jeunes ici ciblés pourraient bien devenir les travailleurs lobotomisés de 2077 …

Et les communicants qui militent pour que les entreprises prennent plus de poids dans tous les compartiments de la société, voire remplace les institutions et l’État dans certains secteurs, feraient bien de regarder cette série.

 

Cool Japan : le kawaii à la conquête de l’Asie

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Mignonnes et roses: les chanteuses de J pop sont définitivement kawaii

 

En Asie, la bataille des soft power est engagée.

Cette « puissance douce » est une manière alternative d’influencer les autres peuples, sans violence, en diffusant leur culture : musique, gastronomie, cinéma, bande dessinée, littérature, etc.

Persuasion plutôt que coercition, c’est le mécanisme du soft power.

Le Japon, dont l’économie mal en point depuis dix ans a plongé encore plus bas depuis le tsunami, l’a bien compris. En Asie, il s’appuie sur sa pop culture foisonnante pour diffuser son modèle de société, et au passage vendre encore plus de ses produits manufacturés.

Jusqu’à présent, on en connaissait essentiellement la version US du soft power : le fameux rêve américain, né dans les fifties et mis en scène par Hollywood, qui a depuis conquis l’imaginaire mondial.

Plus puissante que les armes de destruction massive, la culture américaine et ses valeurs – réussite individuelle, hyper technologie et star system – fait fantasmer depuis un demi-siècle les populations du monde entier, de Vladivostock à Pékin, des villages normands aux bidonvilles de Lagos.

Une hégémonie culturelle dorénavant menacée en Asie par des acteurs régionaux, comme l’Inde et le Japon.

Les films de Bollywood, très à la mode depuis quelques années, contribuent à faire mieux connaître la société du sous-continent aux populations asiatiques.

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danse, chants, couleurs et romance : l’Inde selon Bollywood

Tout le monde comprend qu’il s’agit d’une version caricaturale de la société indienne, l’une des plus complexe et sophistiquée. Mais grâce à la musique et l’humour, les productions bollywoodiennes sont plutôt efficaces pour gagner la sympathie de leurs voisins asiatiques.

Cool Japan

Mélange de science-fiction, de mangas, de films d’animation et de cosplay girls – ces jeunes filles qui se déguisent pour ressembler aux personnages de leurs mangas préférés -, le  Cool Japan, dont le kawaii (mignon) est le fer de lance, séduit la frange aisée de la jeunesse asiatique qui s’habille, boit, mange, lit , écoute comme son homologue de Tokyo ou Osaka.

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jeunes Thaïs incarnant des personnages cosplay à Bangkok

Son emblème : la petite chatte blanche et rose Hello Kitty, qui a supplanté Mickey sur les cartables et les trousses des écoliers thaïs, malais ou singapouriens.

Ironiquement, c’est un journaliste américain, Douglas Mc Gray, qui a inventé en 2002 cette notion du Cool Japan . Dans son article intitulé Japan’s Gross National Cool  – jeu de mot sur le Gross National Product ou Produit National Brut- et publié dans la revue américaine Foreign Policy, il parle déjà de l’archipel nippon comme d’une « superpuissance culturelle ».

Les pays d’Asie du Sud-Est  ont l’habitude de consommer du made in Japan depuis un demi-siècle  : l’archipel est le  deuxième partenaire commercial de  l’ASEAN (association des pays du Sud Est asiatique (1).

Le marché automobile, par exemple, est archi dominé par les constructeurs nippons. Les trois quarts des véhicules – camions, voitures et deux-roues – qui circulent dans ces contrées sont japonais. En 2011, selon les services économiques de l’Ambassade de France à Singapour, les voitures japonaises représentaient 70 % de la production locale et 84 % des ventes. 

Toyota à lui seul pèse près de 40 % du parc. À Bangkok, la totalité des taxis sont des Corolla fatiguées et bricolées pour marcher au gaz liquéfié.

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taxis 100 % Corolla à Bangkok
copyright Creative Perspective

Quant aux bemos (taxis collectifs) de Jakarta ou Bali, ce sont en grande majorité  des minibus Hiace.

Idem pour l’électroménager ou les supermarchés, comme la chaîne de supérettes 7 Eleven, qu’on rencontre à chaque coin de rue de Bangkok.

Mais si l’archipel a séduit les consommateurs asiatiques, il n’a pas encore conquis leurs coeurs. Tout au moins pas partout.

En Chine et Corée du Sud, les deux pays de la région qui ont le plus souffert de l’impérialisme japonais, le souvenir des exactions commises par l’armée impériale durant la Seconde Guerre Mondiale est encore vivace. Il a jusqu’à présent freiné le rayonnement culturel nippon.

 Si jeunes et déjà kawaii

En revanche, parmi les autres nations de l’ASEAN, la jeunesse semble se moquer de ce passif et embrasse avec enthousiasme la pop culture japonaise .

La mode nippone s’exporte dans ces pays à travers des chaînes comme Uniqlo, bien connue des fashionistas françaises, ou Wakai.

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les magasins Wakai : nom japonais, mode japonaise mais origine indonésienne

Ce mot, qui veut dire « style jeune » en japonais, est aussi le nom d’une enseigne indonésienne de vêtements, chaussures et accessoires qui fait fureur à Jakarta. La chaîne appartient à MetroxGroup, société indonésienne qui gère 278 boutiques en Indonésie, Singapour et Chine.

Wakai a créé son premier magasin en juillet dernier. Deux mois plus tard, elle a déjà ouvert huit boutiques dans la capitale indonésienne, métropole de plus  de 10 millions d’habitants.

La chaîne s’inspire clairement de la mode et des tendances en vigueur dans les quartiers branchés de Tokyo, Shinjuku ou Harajuku.  Et n’hésite pas à le proclamer haut et fort sur son site Web : « Wakai crée des produits lifestyle fabriqués soigneusement en fusion avec l’inspiration japonaise. Les produits incarnent un look moderne combiné à l’héritage de la culture japonaise ».

Cette « japonisation » s’exerce aussi en Thaïlande. Oishi Group (délicieux en japonais) possède plus de 150 restaurants de style nippon : sushis, barbecue, nouilles et fabrique des boissons à partir de thé vert, un marché qui connaît une croissance de 40 % par an en Thaïlande.

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un restaurant Oishi à Bangkok

La pop culture décroche son diplôme

Les universitaires du monde entier ont compris depuis longtemps l’importance du soft power comme moyen d’influencer le comportement des populations.

Au Japon, la pop culture est désormais enseignée à des étudiants japonais et étrangers. C’est le cas par exemple à la Bunka Fashion Graduate University de Tokyo.

défilé Chisung Ihn à la Bunka Fashion Graduate University

Cette école de stylisme appartient à la fondation Bunka Gaduen, dont l’objectif est d’éduquer des personnes capables de promouvoir la mode nippone au-delà des frontières de l’archipel. Des designers célèbres comme Yohji Yamamoto et Kenzo Takada ont suivi les cours de la Bunka Fashion College, une autre école gérée par cette fondation.

Plus de 60 % des étudiants de la Bunka Fashion Graduate University sont étrangers, mais les cours sont dispensés en japonais.

L’école donne aussi des cours de calligraphie, de peinture et d’arrangements floraux (ikebana) afin que les élèves acquièrent un certain sens de l’esthétique japonaise.

D’autres campus enseignent le Cool Japan . La Meiji University  propose des cours sur les mangas et l’animation. Le programme d’été « Cool Japan Summer » attire de nombreux étudiants étrangers désireux de pénétrer les arcanes de la pop culture nippone.

MeijiCoolJapan

La Kyoto Seika University a elle lancé un département manga en 2006, devenu récemment l’Université du Manga. Elle vient de créer l’Université de la Culture Populaire pour attirer des étudiants du monde entier qui deviendront les hérauts du soft power japonais dans leurs pays respectifs.

Des initiatives soutenues au plus haut niveau des institutions.

Shinzo Abe, le nouveau premier ministre, a mis en place un fond public/privé, le Cool Japan Promotion Organisation, doté de 50 milliards de yens (environ 371 millions d’€) pour soutenir les projets individuels et ouvrir des universités  Cool Japan à Singapour, Thaïlande, Dubaï et d’autres pays.

 

Abe et Tomomi kawaiisés
Abe et Tomomi kawaiisés

Selon les Échos , Abe a même nommé une ministre du Cool Japan,   Inada Tomomi, qu’elle définit comme  » un outil pour donner une meilleure image du pays à l’étranger ».

Un concept dont pourraient s’inspirer nos dirigeants. Une ministre de la French Touch ne serait pas de trop pour vanter à l’étranger nos réussites en musique, BD ou cinéma.

Le gouvernement japonais actuel, lui, a compris que le soft power était devenu un enjeu économique majeur, mais aussi diplomatique et culturel.

En ce moment, mieux vaut être associé à l’image de jeunes filles déguisées en chaton qu’à celle de Fukushima …

Cette offensive a un autre objectif, non-dit mais essentiel : contrer le succès grandissant des productions du voisins coréen sur les marchés thaï, malais ou singapourien.

Depuis quelques années, la K pop fait jeu égal avec les girls groups tokyoites, le chanteur Psy est devenu un phénomène mondial grâce aux réseaux sociaux et les films de Bong Joon-ho (The Host) ou Park Chan-wook (Old Boy) ont supplanté ceux de Takeshi Kitano.

Et derrière ce combat des soft power se cache un conflit beaucoup plus important pour l’économie japonaise, celui des chaebol coréens (Samsung, Hyundai,  LG) contre les conglomérats nippons  (Mitsubishi, Panasonic, Sony).

Le Kawaii à Paris

Men Z
le girl groupe Men Z

Après l’Asie, la France ?

Le Cool Japan investit  le parc Floral de Paris les 20 et 21 septembre avec l’événement Tokyo Crazy Kawaii Paris.

Groupes pop, cosplay girls, designers tokyoites, concepteurs  de jeux vidéo auront pour mission de faire connaître et partager le visage branché de la mégalopole japonaise, sans oublier la culture traditionnelle de l’archipel.

Les organisateurs de ce festival ont l’intention de « transformer un phénomène de mode en une tendance durable ».

Un objectif à leur portée, les jeunes français étant  les plus gros consommateurs de mangas hors du Japon.

Les mignons personnages Kawaii auront-ils plus de succès que les monstres anglo-saxons ? Les rues parisiennes seront-elles  bientôt envahies de jeunes filles déguisées en super héroïnes ou en petites chattes roses , comme c’est déjà le cas rue Keller dans le 11 ème arrondissement,   ?

Peut-être, mais le succès du kawaii n’est pas garanti. D’autres coutumes venues d’ailleurs ont échoué à s’implanter ici en s’appuyant sur le marketing culturel. Halloween, par exemple, a fait le buzz il y a quelques années sans réussir à vendre ses citrouilles et ses sorcières au consommateur français.

1 Brunei, Cambodge, Indonésie, Laos, Malaisie, Myanmar, Philippines, Singapour, Thaïlande, Vietnam