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L’INVENTEUR DU WEB À LEWEB

Il a créé le Web. Normal qu'il soit invité à LeWeb ...
Il a créé le Web. Normal qu’il soit invité à LeWeb …

Non, le Web n’a pas toujours existé, contrairement à ce que pense la Génération Z, née après 1989.

Le World Wide Web a 25 ans. Et pour fêter ça, son concepteur, Sir Timothy Berners-Lee était l’invité de la conférence LeWeb 2014 en décembre dernier. Sans lui, ce blog n’existerait pas, ni les milliards de pages éditées depuis la naissance de ce nouveau média unique en son genre puisque le récepteur – l’internaute – est aussi émetteur : de texte, de photos, de vidéos.

Le Web, c’est l’Internet de tout le monde, la vitrine grand public d’un réseau conçu à l’origine pour des militaires (Arpanet, 1969) par la fameuse DARPA, l’Agence pour les projets de recherche avancée de défense, les Men In Black du Ministère de la Défense US.

Mais si le protocole TCP/IP (Transmission Control Protocol/Internet Protocol) a bien été inventé par les Américains , c’est en Europe, au CERN de Genève , l’Organisation européenne pour la recherche nucléaire , que le physicien et informaticien britannique (il construit son premier ordinateur à 25 ans) imagine le dispositif qui va tout changer : l’hypertexte. Ou la possibilité de bondir d’une page à l’autre en cliquant sur un simple lien.

Sir Tim, qui n’est pas encore un Lord, passe en 1994 du CERN au MIT  où il crée le W3C (World Wide Web Consortium), organe chargé de s’assurer que la Toile reste bien accessible à tous. Un principe qui commence à s’effriter sous les coups des multinationales du Web qui cherchent à imposer un Internet à deux vitesses : rapide (et plus cher)  pour eux, gratuit mais lent, pour l’internaute de base.

Sir Tim, que voyez-vous venir ?

Invité par Loïc Le Meur (qui avait 17 ans quand Sir Tim concevait le WWW), le créateur du Web tel qu’on le pratique depuis deux décennies (le réseau est vraiment devenu pratique en 1994 avec l’interface Mosaic ), l’inventeur des hyperliens a le verbe rapide, saccadé, légèrement bégayant et, pour tout dire, assez difficile à décrypter.  On dirait que trop de pensées se bousculent et veulent sortir simultanément.

Tim à l'époque de Mosaic
Tim à l’époque de Mosaic

Sur la scène de LeWeb, cet homme qui a profondément changé la société, passée du spectacle cher à Guy Debord au social comme les réseaux éponymes, ne semble pas convaincu par l’évolution de son bébé numérique . Pour lui, « les réseaux sociaux sont en silos » et « mettre une appli sur son iPad pour lire un magazine, c’est perdre tout l’intérêt du Web ».

Fichtre : Sir Tim serait-il devenu un vieux ronchon dépassé, incapable de discerner l’évolution du Web ? Le grand ancêtre de tous les geeks est-il devenu ringard ? Pas du tout. Au contraire, il rappelle des vérités qui sont trop souvent négligées sous prétexte de course à la modernité : un il faut conserver ses données dans un endroit sûr (qui n’est PAS le cloud), deux la neutralité du Réseau (Net neutrality) est indispensable. Deux injonctions empreintes de sagesse qu’il convient de ne pas négliger sous peine de désagréments sévères (n’est-ce pas Sony ?).

Ultime preuve de la vraie modernité du Lord inventeur qui, contrairement à une bonne partie des geeks mâles, n’est pas misogyne (n’est-ce pas les gamers ?), il encourage les femmes à coder car, eh oui, « elles sont très bonnes dans cet exercice ». Plus globalement, Sir Tim voudrait que tout le monde se mette à coder, et le plus tôt possible. Un moyen de redonner du pouvoir à l’internaute ballotté entre les ambitions commerciales voire transhumanistes des GAFA (Google Apple Facebook Amazon ).

Les IA arrivent

Les IA seront-elles bienveillantes ?
Les IA seront-elles bienveillantes ?

Développement attendu ou redouté de l’informatique, l’IA (Intelligence Artificielle) arrive selon Sir Tim, qui se demande si « la conscience pourrait devenir une suite de codes ». Certes, « les robots sont déjà présents dans les grandes compagnies », mais il faut « surveiller le moment où un robot aura des droits au tribunal ».  Et si on inscrivait les Trois lois de la robotique d’Isaac Asimov dans la Constitution ? Ça pourrait faire gagner du temps et nous éviter un futur à la Terminator .

Dans futur numérique  composé de minipixels, qui seront « partout : les murs deviendront des écrans. La réalité immersive arrive ».  Espérons que les émules du créateur visionnaire qu’est Sir Tim feront de notre avenir informatique un monde plus proche de celui d’Asimov que  de Schwarzenegger.

forum netexplo 2014 : deux jours pour décrypter la révolution numérique

les dix lauréats Netexplo 2014 copyright LDherines
les dix lauréats Netexplo 2014
copyright LDherines

La septième édition du Forum Netexplo s’est déroulée les 26 et 28 mars au Palais de l’Unesco. Près de 1500 décideurs sont venus découvrir les innovations numériques qui vont bouleverser nos vies. Entrepreneurs, experts, journalistes et universitaires se sont succédé pour décrypter les nouveaux usages engendrés par la révolution digitale.

JOUR 1 : UNE VIGIE SUR L’OCÉAN NUMÉRIQUE

 « Les ambitions de ce forum unique au monde qu’est Netexplo font écho à celles de l’Unesco. C’est grâce à la technologie que l’être humain décuple ses forces. Mais ce n’est pas la technologie qui peut changer le monde, c’est l’usage qu’on en fait » a rappelé Getachew Engida, directeur général adjoint de l’Unesco en ouvrant la septième édition du Forum.

Thierry Happe, cofondateur de Netexplo, a évoqué le rôle du Forum et de son Observatoire : détecter les innovations numériques dans le monde entier et les mettre en perspective. Une mission remplie dès la première édition en 2008, avec la présence au sein des lauréats de Twitter, Psiphon (réseau d’alerte sur mobiles) ou encore l’impression 3D.

Une projection de la première page Web datant du 19/03/1989 a permis de rendre hommage à la création du World Wide Web par Tim Berners-Lee il y a tout juste 25 ans. Depuis cette date historique, « notre société est devenue totalement digitale » a rappelé Thierry Happe.

C’est pourquoi, selon le cofondateur de Netexplo, le déluge de données que nous produisons, le fameux Big Data, n’est pas près de se tarir : 2,7 milliards de personnes, soit 40 % de la population mondiale, sont reliées au réseau et 6,8 milliards possèdent un téléphone mobile.

 

Thierry Happe cofondateur de Netexplo copyright LDherines
Thierry Happe cofondateur de Netexplo
copyright LDherines

Et ça n’est pas fini : deux géants du Net, Facebook et Google, travaillent actuellement sur des dispositifs capables de connecter l’ensemble de la planète. Un réseau de drones pour le réseau social, des ballons stratosphériques pour le moteur de recherches ».

Une fois branchés sur le réseau, les 7 milliards d’humains viendront alimenter en datas les énormes « fermes » de serveurs qui sont déjà responsables de 2 à 3 % des émissions de CO2, soit l’équivalent du transport aérien. Un sujet de réflexion pour les multinationales du Web qui vont devoir concilier expansion numérique et développement durable.

Des solutions seront peut-être trouvées par certains des 6 millions d’étudiants qui suivent des MOOC, ces cours dispensés en ligne popularisés par Salman Khan, qui vont révolutionner les méthodes d’éducation.

Déjà, les digital natives apprennent de moins en moins dans les livres : l’image est en train de devenir la nouvelle grammaire de l’ère numérique. « Le selfie, cette photo de soi qu’on poste sur les réseaux sociaux, a d’ailleurs été élu mot de l’année par l’Oxford Dictionary » a relevé Thierry Happe.

MY LIFE WITH DATA

 

l'appli Wibbitz (Grand Prix 2014) transforme du texte en vidéo
l’appli Wibbitz (Grand Prix 2014) transforme du texte en vidéo

Après ce rappel de la nature de Netexplo et de sa mission, Thierry Happe a laissé place à Julien Levy, professeur à HEC Paris, un des partenaires du Forum, pour un moment clé de cette première journée : la présentation de l’étude Netexplo Trend Reports, intitulée cette année My life with data.

Depuis sept ans, l’équipe du sociologue Bernard Cathelat identifie les tendances émergentes issues de l’usage des nouveaux outils digitaux et les rassemble dans cette étude Trend Reports.

Trois grands thèmes ont été identifiés.

Le premier est la modélisation de l’espace (modeling space) avec la data transformation : saisir, diffuser, visualiser, et  le data space : capter et produire des objets physiques, grâce en particulier à l’impression 3D.

Le deuxième thème est celui de la modélisation du corps (modeling the body) qui devient un « corps machine » bionique, capable de « surveiller et punir » comme le prédisait Michel Foucault.

Le troisième thème, c’est la modélisation des comportements (modeling behaviors), ou le numérique au service de la santé physique et mentale. Mais également la faculté de prédire les façons d’agir futures, que Julien Levy nomme le « predictive you ».

 

SkinPrint ou la peau humain imprimée en 3D
SkinPrint ou la peau humaine imprimée en 3D

Utiliser la technologie ne date pas d’hier, comme l’a rappelé Julien Levy en invoquant Galilée qui déclarait que « l’univers est un livre écrit dans la langue mathématique ». Un langage qui a permis la révolution digitale que nous connaissons et ce phénomène massif de production de données « sur tout, partout, tout le temps et par tous les moyens » dixit Julien Levy.

La société numérique abreuvée d’informations sera-t-elle celle de la transparence totale, comme en rêvait le philosophe anglais Jeremy Bentham ? Mais cette transparence comporte un risque majeur : celui de mettre en place une surveillance généralisée dans laquelle Big Brother s’appellerait NSA.

LE TRIOMPHE DE L’IMAGE

Pour Véronique Morali, présidente du Women’s Forum et de Webedia, le numérique peut redonner au Net la « dimension égalitaire et émancipatrice » de ses débuts, avec des innovations comme BRCK, ou au contraire favoriser un asservissement dû à cette hyper connexion.

D’après ce grand témoin, le monde de l’entreprise n’a pas encore fait sa révolution numérique. « La montée en puissance des réseaux sociaux d’entreprise, par exemple, est positive si elle s’accompagne de pédagogie. Mais en réalité, rien n’est plus antinomique que la culture d’entreprise et celle de l’Internet» avertit la présidente du Women’s Forum.

Une raison de plus pour les cadres dirigeants des grands groupes français d’assister au Forum Netexplo, afin de mieux comprendre comment introduire efficacement les nouveaux instruments digitaux dans les pratiques de leurs sociétés.

 

Mobile 3D scanner permet de créer un fichier 3D avec n'importe quel smartphone
Mobile 3D scanner permet de créer un fichier 3D avec n’importe quel smartphone

La remise des prix aux lauréats a permis de mettre des visages sur des inventions souvent dématérialisées.

Les dix innovateurs ont reçu une œuvre d’art unique, un robot en métal frappé du @ d’Internet de l’artiste français Hervé Di Rosa, dont la forme et l’aspect changent chaque année. « Une oeuvre collector à laquelle les lauréats sont très attachés, puisque aucun robot Di Rosa n’est apparu sur eBay » s’est félicité Thierry Happe.

Le lauréat du Grand Prix Netexplo 2014, Wibbitz, illustre la prééminence de l’image sur le texte. Le logiciel mis au point par le duo israélien Yotam Cohen et Zohar Dahan transforme en quelques secondes un contenu écrit en une vidéo qui synthétise et illustre le texte en images et en sons. Pour Nicolas Bordas, président de TBWA Europe, «  c’est une vraie disruption, le Twitter de demain »

 LES DIGITAL YOUNG LEADERS S’EXPRIMENT

L’après-midi commence par les prédictions du cabinet Deloitte en matière de technologies.

Le dynamique Duncan Stewart a démontré avec humour que certains objets nouveaux, comme les « phablets », ces smartphones géants à mi-chemin du téléphone et de la tablette, peuvent être un flop en Occident mais un énorme succès en Asie.

Duncan Stewart de Deloitte aime les présentations énergiques
Duncan Stewart de Deloitte aime les présentations énergiques

Il a aussi fait un sort à certaines idées reçues, comme la mort annoncée de la télévision. Non seulement la télévision n’est pas morte, mais d’ici 2020, 90 % du trafic Internet sera composé de flux vidéos qu’on visionnera sur des téléviseurs. Les modèles compatibles 4K, une norme de « super haute définition », seront vendus à des prix abordables dès la fin de l’année.

Autre annonce du prévisionniste en chef de Deloitte : dans dix ans, l’utilisation des réseaux sociaux sera obligatoire en entreprise. Les actuels réticents feraient bien de s’y mettre dès maintenant.

Nouveauté de cette édition 2014 de Netexplo : les « digital young leaders », ces étudiants du monde entier qui seront les Zuckerberg et Jobs de demain, se sont exprimés sur les dix innovations lauréates. Une vidéo projetée plusieurs fois durant ces deux jours et dont les propos ont été décryptés par les professeurs des universités partenaires du Forum.

 UNE PLATEFORME D’INFORMATION PANAFRICAINE

Autre moment fort de cette première journée : la présentation d’Amadou Mathar Ba, créateur d’Allafrica.com, une plateforme d’information couvrant l’ensemble du continent. Il a été distingué par le magazine Forbes comme une des dix personnalités africaines les plus influentes. Pour Thierry Happe, il est évident que « l’Afrique va jouer un rôle de plus en plus important dans le monde de l’innovation », citant le succès d’Ushahidi (lauréat en 2009), un site de crowdsourcing des conflits qui a eu un impact mondial.

Amadou Mathar ba, concepteur d'allafrica.com
Amadou Mathar ba, concepteur d’allafrica.com

Allafrica.com est né du constat qu’il n’existait aucun média panafricain. « Nous serons deux milliards d’ici 2050, et les citoyens africains ne peuvent attendre de réponse de leurs leaders qui ont complètement échoué »  a analysé Amadou Mathar. Les nouvelles générations africaines embrassent la révolution numérique, même si le continent noir ne contribue pour l’instant que pour 1,5 % aux milliards de données créées chaque année.

Pour le concepteur d’Allafrica.com, « l’obstacle majeur à la progression de l’Afrique, c’est le poids de la tradition ». Mais il reste confiant dans l’apparition prochaine d’équivalents africains de Steve Jobs ou Marck Zuckerberg. Juliana Rotich, qui dirige l’équipe d’Ushahidi et a conçu BRCK, une des dix innovations récompensée, en est un exemple.

 LE CHILI, HAVRE POUR START-UP

Après l’Afrique, c’est l’Amérique latine qui est à l’honneur à travers Start-up Chile, une initiative du gouvernement chilien pour attirer les innovateurs.

Comme l’a rappelé Francis Pisani, « le Chili est un pays très isolé, coincé entre le Pacifique et les Andes ». Comment faire venir les entrepreneurs jusqu’à ce pays lointain ? « Le gouvernement a décidé de les inviter. Car ces start-up vont créer de la valeur et des emplois » répond Nicolas Shea, responsable du projet.

 

Nicolas Shea (au milieu), porte parole de Start-up Chile
Nicolas Shea (au milieu), porte parole de Start-up Chile

La mission de cet ancien de l’université de Standford (Californie) : faire du Chili le hub de l’innovation de l’Amérique latine. Ses outils : des visas d’un an délivrés en 72 heures, 40 000 dollars de capital offerts à chaque entrepreneur sans contrepartie, si ce n’est de résider au Chili et d’aller à la rencontre des habitants. Résultats : les startupeurs étrangers restent dix mois en moyenne, sont visités par quatre personnes par an et emploient 1,2 Chilien. Mieux : 40 % de ces nouvelles entreprises restent dans le pays. Elles y ont investi plus de 50 millions de dollars et embauché mille personnes. Une politique qui porte ses fruits puisque Start-up Chile a enregistré plus de 10 000 demandes venues du monde entier.

 SILICON VALLEY : VIEUX MONDE CONTRE JEUNES POUSSES

C’est Georges Nahon, responsable de l’OrangeLab Silicon Valley, qui a été chargé de conclure une première journée riche en découvertes et en enseignements sur les changements induits par la révolution digitale. Exemple : les grands opérateurs télécoms américains sont en train de remplacer leurs infrastructures en cuivre par des émetteurs récepteurs WiFi. Et c’est Amazon, roi du e-commerce, qui a décroché le contrat pour construire le data center de la CIA aux dépens d’IBM.

 

Georges Nahon, patron de l'OrangeLabs de San Fransisco : "le vieux monde s'écroule"
Georges Nahon, patron de l’OrangeLab de San Fransisco : « le vieux monde s’écroule »

« Le capital-risque a changé, et le mobile est une hydre qui s’infiltre partout » ajoute Georges Nahon.

Les grands noms de l’informatique d’hier, les Bill Gates ou Michael Dell, sont remplacés par les Larry Page (Google), Jeff Bezos (Amazon) et Marc Zuckerberg (Facebook), dont les jeunes sociétés pèsent des milliers de milliards de dollars. « La Silicon Valley est dominée par ces géants du Net qui achètent des start-up à tout va. Les acquisitions à plus d’un milliard de dollars se multiplient. Ici, la « next big thing », c’est le « big » analyse le patron d’OrangeLab Silicon Valley.

 

Pour cet observateur situé dans ce qui demeure la principale source mondiale de l’innovation numérique, « le vieux monde s’écroule et la disruption est la nouvelle réalité ».

Avis aux patrons des grands groupes : les entreprises sont devenues des réseaux. Les stratégies des PDG vont devoir prendre en compte rapidement ce « changement tectonique », selon la formule de Georges Nahon, s’ils ne veulent pas voir leurs entreprises disparaître du paysage économique.

 JOUR 2 : VERS L’HOMME BIONIQUE

Quelle meilleure manière de débuter cette seconde journée d’échanges par une intervention de Joël de Rosnay ?

Biologiste et informaticien, il a été un pionnier de la « biotique » (terme qu’il a inventé), cette fusion du biologique et de l’informatique.

Sur la scène du Forum, il a annoncé l’arrivée imminente de la communication symbiotique.  « Nous sommes déjà des hommes et des femmes augmentés grâce à nos smartphones  » a-t-il rappelé.

 

Jöel de Rosnay annonce l'homme bionique
Jöel de Rosnay annonce l’homme bionique

Mais la véritable communication symbiotique, dont les deux piliers sont les architectures virtuelles numériques, comme le cloud computing, et les objets connectés, sera bien plus que cela.

Lentilles de réalité augmentée, patchs collés sur le larynx, interfaces sans contact : « notre corps devient un émetteur récepteur et la peau un écran tactile » explique Joël de Rosnay, pour qui la véritable révolution en marche est l’électronique moléculaire.

Déjà, les GAFAM (Google Apple Facebook Amazon Microsoft) colonisent l’ensemble des secteurs classiques de l’industrie comme l’automobile ou la domotique. « Les GAFAM deviennent des empires qui veulent conquérir les technologies NBICE (Nano Bio Info Cogno Eco) » avertit le scientifique.

Pour Joël de Rosnay, ce sont « les nouveaux barbares », des sociétés transhumanistes (mouvement prônant l’usage des sciences et des techniques afin d’améliorer les caractéristiques physiques et mentales des êtres humains) qui visent rien moins que nous rendre immortels.

 

les transhumanistes vont-ils nous transformer en cyborgs ?
les transhumanistes vont-ils nous transformer en cyborgs ?

« Nous sommes dans une phase de mutation de l’humanité »  avertit le conseiller à la présidence d’Universciences.

Seule solution si on veut éviter l’avènement d’un « Frankenmonde » où cet homme-machine aurait perdu son humanité : créer une utopie constructive dont les valeurs sont le partage, la générosité, l’empathie et l’altruisme.

 LE MUSÉE DE DEMAIN EN RÉALITÉ AUGMENTÉE

Moins anxiogène, la rencontre entre l’art et le digital est en train de donner naissance au musée de demain. Mais le musée physique n’est pas mort, loin de là, selon Sree Sreenivasan, directeur digital du Metropolitan Museum of Arts (MET) de New York.

Pour lui, le futur réside dans le story telling : « nous proposons des vidéos de deux minutes d’un conservateur parlant d’un objet » évoque Sree Sreenivasan, qui rappelle que le site Web du MET compte 140 millions de pages vues et 24 millions de visiteurs uniques par an.

 

le MET de New-York envisage d'équiper ses visiteurs de lunettes de réalité augmentée Oculus Rift copyright JasonHenryNew-York Times
le MET de New-York envisage d’équiper ses visiteurs de lunettes de réalité augmentée Oculus Rift
copyright JasonHenryNew-York Times

Les réseaux sociaux ne sont pas oubliés puisque le musée new yorkais est présent sur la quasi-totalité de ces médias sociaux. « Il faut y aller quand vous êtes prêts ainsi que votre public » conseille-t-il.

Le vénérable musée fondé en 1866 accueille avec enthousiasme les nouveaux outils numériques. Son directeur digital annonce l’arrivée prochaine des Google Glass et la possible utilisation du casque de réalité augmentée pour gamers Oculus Rift (récemment racheté par Facebook pour deux milliards de dollars). Reste qu’avec ou sans réalité augmentée, « c’est toujours magique d’être en face d’une œuvre d’art » conclut Sree Sreenivasan.

 DES LIVRES NUMÉRIQUES POUR ÉDUQUER L’AFRIQUE

Après Allafrica.com, une autre initiative venue d’Afrique va sans doute changer en profondeur le destin de toute une jeunesse. Il s’agit de QuickDo, imaginée par Dominique Buende, ingénieur informatique camerounais lauréat 2013 du prix de l’entrepreneur social de la fondation Orange.

 

Dominique Buende est venu présenter son projet de liseuses numériques QuickDo au Forum netexplo
Dominique Buende est venu présenter son projet de liseuses numériques QuickDo au Forum Netexplo

Dominique Buende est parti d’un constat : 90 % des livres vendus en Afrique francophone (34 pays) sont importés, il existe moins de trois éditeurs par pays pour moins de 1200 titres édités par an. En cause : des infrastructures défaillantes, un pouvoir d’achat limité, une prééminence de l’argent liquide. La solution QuickDo consiste en un réseau de bornes associé à des liseuses numériques. « C’est un modèle solidaire et économiquement viable » estime son concepteur.

 LA E SANTÉ EN QUESTION

Les innombrables applis dédiées à la e-santé, associées aux objets connectés du quantified self, vont-elles améliorer la qualité de nos existences ou sont-elles une source de stress supplémentaire ?

Pour répondre à cette question cruciale, Netexplo a invité le docteur Frédéric Saldmann, cardiologue et nutritionniste.

Une des évolutions qui inquiète ce spécialiste de la santé, ce sont les développements rapides des technologies d’analyse du génome humain.

 

le docteur Saldmann s'inquiète de la marchandisation du génome humain
le docteur Saldmann s’inquiète de la marchandisation du génome humain

On peut désormais décrypter le génome d’une personne en 24 heures pour mille dollars. Voire pour 100 dollars en Chine. Et le marché des tests génétiques devrait atteindre 25 milliards de dollars en 2020. « Une biobanque est-elle en train d’être constituée ? Si c’est le cas, comment s’assurer de la confidentialité des données génétiques ? » s’interroge le docteur Saldmann.

Une course au génome inquiétante, alors que la génétique n’intervient que pour 15 % dans l’évolution bonne ou mauvaise de notre santé. « Je refuse de prescrire ce type de tests qui sont anxiogènes, surtout pour la maladie d’Alzheimer » tranche le médecin.

 

Des télomères longs = bonne santé et longévité
Des télomères longs = bonne santé et longévité

La mesure des télomères, des manchons entourant l’extrémité des chromosomes, est une autre avancée de la médecine ciblée par les futures applis d’e-santé. En effet, des télomères longs sont signe de bonne santé, raccourcis, ils annoncent des maladies. « Quelqu’un d’un peu stressé va consulter compulsivement son appli et stresser encore plus » pense Frédéric Saldmann. Pour lui, plus que des applis ou des dispositifs de surveillance de son organisme,  rien ne vaut l’exercice physique et une stimulation permanente du cerveau. Ou, pour les moins énergiques, la méditation : la science a prouvé que cette discipline permet d’allonger ses télomères.

C’est Indrajit Banerjee de l’Unesco qui a conclu ces deux journées fructueuses. « L’Unesco est toujours aussi fière d’accueillir Netexplo. Ici, nous essayons de comprendre comment ces innovations contribuent à nos missions. C’est pourquoi nous espérons continuer de soutenir et héberger cet événement ».

Toute l’équipe de Netexplo a été rejointe sur scène par l’ensemble des enseignants des universités partenaires sous les applaudissements d’un public toujours nombreux ce vendredi à 18 heures. « Cette année, c’était encore mieux que l’année dernière » a estimé Martine Bidegain, cofondatrice de Netexplo.

 

Les robots goûteurs pointent la langue

la langue électronique va-t-elle tuer sommelier et oenologues ?
la langue électronique va-t-elle tuer sommelier et oenologues ?

La technologie va-t-elle tuer sommeliers et œnologues ?

Depuis quelques années, les robots goûteurs se sophistiquent.

Ces langues électroniques sont désormais capables de révéler la composition, l’origine, voire l’année d’un cru de Bordeaux ou de Bourgogne.

Récemment, un de ces appareil a réussi à distinguer plusieurs variétés de bières (schwarzbier, lager, double malt, pils, alsacienne et sans alcool) avec 82 % d’efficacité.

La langue artificielle est composée de capteurs, « des électrodes ioniques qui réagissent aux divers composés chimiques – sodium, nitrates, chlorures – recherchés » d’après Manel del Valle, chimiste à l’Université autonome de Barcelone, dont l’équipe a réalisé l’expérience sur les bières.

 

ordinateur contre papilles gustatives
ordinateur contre papilles gustatives

L’université catalane n’en est pas à son coup d’essai en matière de papilles informatisées.

Dès septembre 2008, elle annonçait la mise au point d’une langue artificielle portable capable de distinguer quatre variétés de raisins : l’airèn, le malvoisie, le macabeu et le chardonnay. L’instrument avait même réussi à différencier deux années du même cépage.

La langue artificielle peut reconnaître les cinq principaux attributs du goût : sucré, salé, acide, amer et umami, qui désigne le goût du glutamate monosodique, un condiment à base de protéines animales très employé dans les cuisines asiatiques. Des sous-attributs comme l’épicé, le métallique, l’astringent ou le rafraîchissant peuvent également être mis en lumière.

Il y a cinq ans, la « e-langue » était encore un prototype.Les laboratoires en pointe – Bordeaux, Barcelone et Saint-Petersbourg – annonçaient l’arrivée de robots goûteurs à 15 000 euros vers 2010. Aujourd’hui, le test sur les bières relance l’intérêt pour les langues électroniques, mais on attend encore la commercialisation de dispositifs opérationnels.

l'Université de Catalogne donne sa langue à l'électronique
l’Université de Catalogne donne sa langue à l’électronique

Remplacer le sommelier du Ritz ou faire disparaître les œnologues ne constitue pas la préoccupation ultime des « e-tongues ». Elles peuvent en revanche servir dans la lutte contre la fraude, qui concerne 20% des revenus du commerce mondial du vin (141,3 milliards d’euros en 2010 source l’Organisation Internationale du Vin), et touche principalement les grands crus. En Chine, le taux de fraude serait même de 40 % : « il y a plus de Lafite 1982 en Chine qu’il n’en a été produit en France » explique dans Sud Ouest Romain Vandevoorde, importateur de vin à Pékin.

En matière de goût, la technologie a jusqu’à présent accusé un retard certain sur les capacités humaines.

Depuis l’Antiquité, des milliers de goûteurs au service des puissants ont testé aliments et boissons susceptibles d’être empoisonnés. Moins dangereux et plus proche de nous, le métier de sommelier est né au dix-neuvième siècle. L’œnologie, la science du vin, date, elle, des années 50.

le futur des goûteurs humains ?
le futur des goûteurs humains ?

 

Mais ces spécialistes restent humains. En enchaînant les dégustations, les papilles gustatives fatiguent et se chargent des constituants contenus dans le vin. C’est pourquoi les testeurs mangent du pain, dans lequel fibres et protéines fixent les tanins, ou du saucisson, dont les matières grasses retiennent certains constituants. Débarrassées de ces faiblesses humaines, les langues électroniques seraient plus fiables.

La France, patrie du vin et de la gastronomie, est un marché naturel pour ce type de dispositifs. Le leader mondial des langues et nez électroniques est d’ailleurs toulousain. Alpha MOS est née en 1993 et commercialise des instruments d’analyse sensorielle (odorat, goût, vision). Côtée à la Bourse de Paris, elle est présente dans 20 pays et revendique 70 % du marché des nez électroniques et 85 % de celui des langues artificielles.

Pourtant, malgré 1800 instruments vendus et des clients comme Seb ou Fleury-Michon, la PME toulousaine connaît des moments difficiles avec un redressement judiciaire en cours. Mais le quotidien la Dépêche  annonçait le 8 février dernier que France Brevets, un fonds d’investissement public, allait venir au secours de ce fleuron national de l’innovation.

 

Alpha MOS, fleuron français de la e-langue, est mal en point
Alpha MOS, fleuron français de la e-langue, est mal en point

Quant aux professionnels du test gustatif, ils ne semblent pas très effrayés par l’arrivée des robots goûteurs.

Olivier Poussier, meilleur sommelier du monde en 2000, expliquait dans la Tribune que « l’élément qui manque à ces appareils, c’est l’émotion. L’humain est irremplaçable pour raconter l’histoire d’un vin ». Pour lui, les e-langues sont tout à fait à même d’évaluer les niveaux d’acidité ou de tanins, mais sont incapables de déterminer si le produit fini est homogène. « Un ordinateur ne peut pas évaluer la notion de plaisir » selon cet expert.

Comme disait le père Gaucher (1) pour excuser son penchant pour son fameux élixir : « l’éprouvette me donne bien la force et le degré de l’alcool ; mais pour le fini, le velouté, je ne me fie guère qu’à ma langue ».

1 L’élixir du révérend père Gaucher in Lettres de mon Moulin Alphonse Daudet 1879

BITCOINS, LA RUÉE VERS L’OR VIRTUEL

 

la devise de Bitcoin : in cryptography we trust
la devise de Bitcoin : in cryptography we trust

 

L’argent va-t-il disparaître ? Ou plutôt la monnaie, qui incarne physiquement la valeur marchande des objets sous forme de pièces et de billets depuis deux millénaires. Une monnaie qui vient de prendre un sacré coup de vieux avec les bitcoins, cet argent virtuel qui s’échange de pair à pair dans le cyberespace.

Les bitcoins (bit = unité informatique, coin = pièce de monnaie) révolutionnent la nature même de la monnaie, puisqu’ils fonctionnent sans référence à une autorité, État ou banque centrale. « La gestion des transactions et la création de bitcoins est prise en charge collectivement par le réseau. Bitcoin est libre et ouvert. Sa conception est publique, personne ne possède ni ne contrôle Bitcoin et tous peuvent s’y joindre » proclame le site officiel.

Cette monnaie anti Big Brother a été conçue en 2009 par un développeur non identifié utilisant le pseudonyme de Satoshi Nakamoto, et se présentant à l’époque comme étant un Japonais de 37 ans, mais qui n’a plus donné signe de vie depuis cette date.

Le protocole a été écrit en langage C++ et publié sous licence libre du MIT (Massachusetts Institute of Technology).

Autre originalité de cet argent informatique : le nombre maximum de bitcoins qui sera mis en circulation est déjà connu, et ne dépassera pas 21 millions d’unités. Autrement dit, pas d’inflation possible pour les bitcoins.

 

le nombre maximum de bitcoins est déjà connu : 21 millions
le nombre maximum de bitcoins est déjà connu : 21 millions

Combien vaut un bitcoin ?

Sa valeur est déterminée par l’usage économique qui en est fait et par le jeu de l’offre et la demande.

Depuis son apparition sur le Net, le cours de la monnaie cybernétique a connu de nombreuses fluctuations. De 4,15 € en février 2011 (plus bas) à 860 € en décembre 2013 (plus haut). Un bitcoin valait près de 500 € en février.

 

Le cours de la monnaie virtuelle est plutôt volatile
Le cours de la monnaie virtuelle est plutôt volatile

Mais la vraie question est :  à quoi sert-il ?

Premier avantage : les transactions sont anonymes et confidentielles. Le vendeur ne connaît pas l’acheteur et vice-versa. Et les bitcoins sont donc impossibles à pister ou à taxer.

Mais cet anonymat constitue aussi un des points les plus critiqués des bitcoins, accusés de favoriser les transactions d’armes et de drogues dans le « Darknet », cet Internet underground et secret incarné par Silk road, une place de marché qui utilisait exclusivement les bitcoins comme monnaie d’échanges et que le FBI a fermé en octobre dernier.

Second atout : le bitcoin est sans frais. Aucun intermédiaire type Visa, Mastercard ou Western Union ne prélève quelques pour cent au passage.

Que peut-on se payer avec ses bitcoins, après avoir ouvert un compte chez Bitcoin Central pour échanger ses euros contre leur équivalent en crypto monnaie ?

Pas de mal de choses, comme le prouve le site Que faire avec mes bitcoins ? qui recensait début février plus d’une centaine de sites acceptant la devise virtuelle. Matériel informatique, pizzas, tee-shirts, cigarettes électroniques, voyages ou sextoys, la liste est longue et variée.

 

les bitcoins commencent à être acceptés dans les commerces
les bitcoins commencent à être acceptés dans les commerces

Mais encore faut-il avoir confiance dans ce mode de paiement dématérialisé. Car la sécurité des échanges constitue la seconde critique faite aux bitcoins.

Stocké sur le disque dur d’un ordinateur ou dans le Cloud, le bitcoin n’est rien d’autre qu’un programme informatique, et donc susceptible d’être subtilisé par un hacker, de la même façon qu’un mot  de passe ou un numéro de compte bancaire.

Deuxième point à prendre en compte : les transactions sont irréversibles. Le paiement ne peut être remboursé que par la personne ou la société qui le reçoit. La notion de confiance est donc primordiale.

Enfin, comme on l’a vu, le cours du bitcoin est très volatil. Personne ne peut savoir combien il vaudra dans une semaine ou dans dix ans.

Des handicaps qui n’empêchent pas certains de s’intéresser de près à ce nouveau mode de paiement dématérialisé. Le site de jeux Zynga (Angry Birds), par exemple, étudie la possibilité d’autoriser les achats en bitcoins. Lors de la crise bancaire à Chypre en mars 2013 – les banques ont fermé pendant douze jours -, les Chypriotes se sont rués sur les bitcoins, considérés comme une valeur refuge hors de portée des autorités financières de leur pays.

Pour Philippe Herlin, docteur en économie et auteur de « la Révolution du Bitcoin et des monnaies complémentaires », cité par Challenges  « en cas de faillite du système bancaire international, il reste stable. Il est en train de devenir une valeur refuge, comme l’or. C’est de l’or virtuel. Et ce sont les plus gros acheteurs d’or qui investissent en bitcoins : la Chine et demain l’Inde ».

 

la Révolution du Bitcoin aura-t-elle lieu ?
la Révolution du Bitcoin aura-t-elle lieu ?

Nouvelle liberté pour le citoyen ou danger pour l’économie ?

Le succès du Bitcoin commence à inquiéter les institutions financières mondiales. Les banques centrales de Chine, d’Inde, de Russie, de France et de l’Union Européenne ont toutes lancé récemment des avertissements concernant la nouvelle monnaie peer to peer.

D’autres, au contraire, y voient une « liberté pour l’argent ».

C’est le cas de David Mondrus, développeur américain spécialiste du ecommerce, pour qui le Bitcoin serait « la troisième démocratisation » créée par l’Internet, après la communication de pair à pair et l’impression 3D. « L’adoption des bitcoins va réduire drastiquement le contrôle financier exercé sur notre argent. Et sans ce contrôle, personne ne peut plus le taxer. Avec Bitcoin, l’argent n’a plus de frontières. Il coule aussi facilement que l’eau, empêchant les banquiers de le surveiller, le contrôler, le taxer ou le dévaluer. Passez au Bitcoin et libérez votre argent ! » écrit-il sur le site Bitcoin Magazine.

La ruée vers l’or virtuel est lancée.

Et comme pour le métal précieux, elle risque de s’avérer aléatoire voire dangereuse. Fera-t-elle la fortune de quelques cyber-aventuriers plus audacieux ou plus chanceux ?

Réponse dans un proche futur, à moins que les autorités financières n’aient la peau de cette nouvelle monnaie sur laquelle elles n’ont pour l’instant aucun contrôle.

 

Un sonar pour les smartwatches

le Chirp en diagramme
le Chirp en diagramme

Les smartwatches, ou montres connectées, seront-elles le nouveau gadget high-tech à la mode ?

Peut-être. Mais à condition de pouvoir tapoter sur le mini écran tactile sans s’emmêler les doigts, ce qui n’est pas le cas pour l’instant. Ces montres, tout comme les lunettes connectées de Google, sont censées nous épargner la manipulation de nos smartphones. Pourtant, les utiliser demande du doigté car leur interface est encore plus réduite en taille que l’écran des téléphones intelligents.

Néanmoins, ce défaut majeur pourrait bien disparaître prochainement grâce à une innovation de l’Université de Berkeley en Californie : le Chirp (en anglais : pépiement  et signal sonore). Cette puce électronique se sert des ultrasons pour détecter les mouvements (vidéo ici), soit une interface gestuelle qui rappelle celle des manettes Kinect de Microsoft. En mieux, selon les concepteurs du Chirp, qui promettent des gestes plus précis, une consommation d’énergie moindre et une efficacité égale en pleine lumière comme dans l’obscurité.

 

La puce est entre les doigts de ce chercheur
La puce est entre les doigts de ce chercheur

Le sonar du Chirp est composé de minuscules capteurs sonores qui envoient des pulsations ultrasoniques dans un espace défini qui se répercutent sur les objets présents sur leur trajectoire. Ces échos reviennent vers les capteurs et le temps écoulé est calculé par la puce, ce qui permet de détecter les mouvements dans un rayon d’un mètre. Exemple : en éloignant la main de l’écran du smartphone, on peut zoomer sur une photo. Ou piloter un avion virtuel sur l’écran d’un ordinateur.

Le son voyageant plus lentement que la lumière, le Chirp utilise des capteurs à basse vitesse, ce qui réduit considérablement la consommation d’énergie, pour une utilisation continue d’une trentaine d’heures selon les inventeurs de la puce 3D.

 

le professeur Richard Przybla teste le Chirp
le professeur Richard Przybla teste le Chirp

Pour l’instant, le Chirp sait détecter les gestes de la main, mais les chercheurs de Berkeley travaillent sur une reconnaissance des mouvements des doigts. Pour que les smartphones, smartwatches et lunettes connectées nous obéissent vraiment au doigt, en attendant l’oeil.

A noter que cette innovation a été financée par le Darpa (Defense Advanced Research Agency), le think tank du Ministère de la Défense américain (les véritables Men in Black ), ce qui veut dire que des applications militaires de cette technologie sont envisagées, voire déjà utilisées.