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LA GASTRONOMIE EN MODE 2.0

en matière de bouffe, le numérique c'est bien, le réel c'est mieux
en matière de bouffe, le numérique c’est bien, le réel c’est mieux
copyright S.Giraud

La « bouffe » est  le troisième sujet de conversation sur le Web social, et 7 des 10 marques françaises qui comptent le plus de fans sont alimentaires.

C’est donc logiquement qu’Internet et les jeunes générations s’approprient aujourd’hui cette part festive de notre identité.

Lors de la conférence « Food is social » organisée le 21 novembre 2013 par l’agence de RP Kingcom, blogueurs, entrepreneurs 2.0 et marques ont montré comment l’innovation digitale peut se mettre au service de la tradition culinaire.

L’atout numéro un du numérique, c’est cette capacité à mettre en relation des univers apparemment éloignés : le terroir et les geeks, le goût et le virtuel, la proximité et le monde.

Les Facebook, Twitter, Pinterest, Instagram, YouTube ou Vine sont les nouveaux espaces virtuels où s’échanger les bons plans : recettes, restos, cavistes, cours de cuisine, etc.

Blogueuses et vigneronnes

 

les wine blogueuses
les wine blogueuses : Mélanie Tarlant et Miss Vicky Wine copyright S.Giraud

Anne-Victoire Monrozier, alias Miss Vicky Wine, est le fruit des amours de la vigne et du Net.

La jeune femme est blogueuse, fille de vigneron, et produit sa propre cuvée les Vins de Vicky, soit 10 000 bouteilles vendues en France et à l’étranger. Une performance impossible à réaliser sans les réseaux sociaux : « le bénéfice du Web social sur les ventes est bien réel » affirme la Miss.

Le Web 2.0 permet aussi de nouer des deals improbables. Mélanie Tarlant, elle aussi jeune, blogueuse et vigneronne, a trouvé un importateur brésilien pour son champagne sur Instagram.

Pour les petites structures, les réseaux sociaux sont un outil d’expansion efficace et peu coûteux.

Et pour les marques ayant pignon sur rue ?

Méfiantes, elles observent le monde du Net social avec circonspection, effrayées par la liberté de ton et de critique de cette agora numérique.

Pourtant, qu’elles soient digital natives, comme la FabriqueCookies, ou ancestrales, à l’instar de la Comtesse du Barry, les entreprises  alimentaires ont tout intérêt à embrasser la révolution digitale.

La Fabrique Cookies possède deux boutiques à Paris et un site Web. Mais le média qui l’a fait décoller s’appelle Facebook. «  C’est une vitrine, plus importante pour nous que le site Internet. Tous les jours, dans nos boutiques, des clients nous parlent des réseaux sociaux » évoque Pierre Bettencourt, cofondateur.

La Comtesse se fait une place sur le Net

maisons anciennes et jeunes fabriques
maisons anciennes et jeunes fabriques
copyright S.Giraud

Née en 1908, la Comtesse du Barry est, elle, une vieille dame de la gastronomie qui n’a pas peur de la nouveauté.

Adepte du multicanal (60 boutiques, un catalogue VPC et un site marchand depuis 1997), la spécialiste du foie gras a récemment refait son site Web et vient d’embaucher un jeune directeur général de 34 ans, Jérôme Fourest, ex HEC passé par l’Atelier des Chefs. Une stratégie de la vénérable maison destinée à « dépoussiérer une marque un peu endormie » selon Mélodie Cazenave, chef de projet e-commerce.

Mais ce mariage du numérique et de l’artisanat ne s’est pas fait sans heurts. Le passage à la vente on line a été mal vécu par le réseau de boutiques craignant une cannibalisation des ventes au profit du Web. L’arrivée sur les réseaux sociaux a elle aussi engendré des résistances en interne.

« Certains m’ont dit : ouvrir une page Facebook ? Tu es folle ! Les associations anti-gavage vont savoir que nous vendons du foie gras » raconte Mélodie Cazeneuve, qui plaide pour la transparence : « nous n’avons rien à cacher. De plus, nous avons rarement besoin de répondre aux attaques, notre communauté le fait pour nous. C’est inespéré ».

Certaines marques patrimoniales, comme Nutella (groupe Ferrero) ou Seb commencent à s’intéresser à cet univers multiforme du Net social.

Entrer dans la conversation

Guillaume du Gardier, Mr Nutella (à gauche)
Guillaume du Gardier, Mr Nutella (à gauche)
copyright S.Giraud

Nutella vient de lancer un site de contenus, Le bon côté de la tartine, qui vise les mamans.

« C’est bien plus intéressant qu’un site classique www.nutella.fr. Aucun article ne parlera de la marque. Le site va nous permettre d’apporter notre voix à cette conversation qui a commencé sans nous sur les réseaux sociaux » explique Guillaume du Gardier, digital media manager chez Ferrero.

Une allusion aux nombreuses vidéos postées sur YouTube du genre « si vous aimez le Nutella, ne regardez pas cette vidéo », qui critiquent la présence d’huile de palme dans la célèbre pâte à tartiner chocolatée.

En réponse, le groupe italien a lancé sa propre chaîne YouTube avec de petits films pédagogiques d’1 minute 30.

Sur sa page Facebook, Nutella  a mis en place un système de personnalisation des étiquettes des pots, inspiré de Coca Cola, qui cartonne : 100 000 étiquettes arborant le nom ou le prénom des internautes ont été éditées entre juin et août dernier selon Guillaume du Gardier. Un chiffre impressionnant à mettre en rapport avec les 18 millions de fans Facebook de la marque dans le monde.

Autre initiative communautaire du fabricant : inviter les consommateurs à faire partie du casting de la nouvelle publicité maison. Pour le responsable des médias digitaux, « la télévision reste le media principal, celui qui fait vendre. Mais les réseaux sociaux ont un vrai impact sur l’image de la marque ».

Pour Seb, groupe phare du petit électroménager, les réseaux sociaux représentent un canal innovant pour ses lancements de produits.

Le nouveau robot cuiseur Cuisson Compagnon a été testé par des blogueurs et des consommateurs avant sa mise en vente. Une Compagnon Academy va naître pour les transformer en ambassadeurs de la marque. Seb a réuni ces aficionados le 29 novembre, au magasin Darty des Ternes dans le 17 ème arrondissement à Paris. Un événement IRL (in real life) pour partager les plats préparés avec le nouveau Compagnon des cuisiniers.

Le mariage de la gastronomie et des réseaux sociaux aura donc lieu en France, le pays où la vie est bonne chère.