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2077 : les corporations dominent le monde

Vancouver 2077 : les multinationales ont gagné

En 2077, des terroristes du groupe Liber8 (prononcer Liberate ou libérez en VF) doivent être exécutés après une série d’attentats. Mais ils parviennent à s’échapper grâce à un dispositif temporel qui les ramène 65 ans en arrière, à Vancouver, en 2012.

La Protectrice Kiera Cameron, super flic du futur équipée d’une CMR, combinaison bourrée de gadgets high tech, est emportée avec les condamnés dans ce vortex temporel et n’aura de cesse de les traquer, pour éviter qu’ils ne changent le futur, son futur.

La série canadienne de science fiction Continuum se déroule donc à la fois de nos jours et en 2077, une époque où le monde est régi par le Congrès des Corporations, autrement dit les multinationales d’aujourd’hui devenues toute puissantes. Un univers que nous découvrons grâce aux « flashforwards » (flashbacks à l’envers, vers le futur).

 

la Protecrice Kiera Cameron est-elle du bon côté du manche ?
la Protectrice Kiera Cameron est-elle du bon côté du manche ?

Et là, ça ne rigole plus du tout.

Cet univers où les grandes sociétés ont remplacé les gouvernements est hyper sécurisé. Une technologie sophistiquée permet aux Protecteurs de traquer tout opposant à l’ordre établi. Or, celui-ci n’est pas très joyeux pour les citoyens lambda.

Dans l’épisode 9 de la saison 2 (attention spoiler ! ), ils sont décérébrés et transformés en ouvriers esclaves au service des corporations quand ils ne peuvent plus rembourser leurs dettes.

Les membres de Liber8 qui luttent contre cette oppression du capitalisme roi sont-ils vraiment des terroristes ?

Liberate sonne la révolte
Liber8 sonne la révolte

Certes, ils n’hésitent pas à tuer. Dans ce même épisode, Theseus, leur leader et maître à penser , « débranche » des milliers de ces travailleurs lobotomisés. Mais c’est pour leur éviter un sort peu enviable et détruire cet ordre nouveau bâti par les multinationales.

Violent, le groupe de résistants se bat néanmoins pour une cause juste.

 Une série gauchiste ?

Kiera Cameron, la Protectrice qui cherche à les capturer, protège elle une société qui broie les gens au bénéfice des riches.

La frontière entre « good » et « bad guys », d’habitude bien tranchée dans les séries made in USA, est ici nettement plus poreuse.

Cet univers orwellien dont les racines sont solidement enfoncées dans notre temps est plus effrayant qu’enviable, hormis pour les dirigeants des corporations.

Dans l’épisode 6 de la saison 1, la présidente du groupe pétrolier Exotrol (mélange d’Exxon et Petrol) est kidnappée par Liber8. Or, il s’avère que cette compagnie pétrolière et ses dirigeants sont totalement corrompus. Étonnant, non ? comme dirait le regretté Pierre Desproges.

 

PDG et corrompue
PDG d’une compagnie pétrolière et corrompue : pléonasme ?

Une série nord-américaine qui critique durement les multinationales et véhicule des messages politiques fortement teintés d’une idéologie d’extrême gauche, voilà qui n’est pas banal.

Le fait qu’elle soit canadienne explique peut-être ce discours gauchisant, même si les différences entre les deux pays semblent vu d’ici infinitésimales (même langue, même architecture, même glorification du libre échange, etc.)

Au-delà du côté divertissant d’une série qui mêle SF et thriller, fondée sur un scénario complexe à base de paradoxes temporels – le fondateur de cette société, scientifique génial, envoie une tueuse dans le passé pour tuer son moi plus jeune – Continuum met en scène un futur d’autant plus angoissant qu’il apparaît plutôt réaliste.

Le récent long métrage Elysium du sud-africain Neill Blomkamp (auteur en 2009 du très intéressant District 9, métaphore SF de l’apartheid) imagine lui aussi un futur – en 2154 – où les très riches vivent dans un monde paradisiaque (une station spatiale), tandis que les masses laborieuses souffrent sur une Terre dévastée et surpeuplée.

En 2154, mieux vaut vivre dans l'espace que sur Terre
En 2154, mieux vaut vivre dans l’espace que sur Terre

L’Empire des marques

Deux hypothèses face à ces imaginaires concordants.

1 Les scénaristes occidentaux sont soudainement devenus marxistes, voire maoistes

2  Ils ont pris conscience du décalage croissant entre une population très réduite de méga riches – 1 % de la population détient 46 % des richesses mondiales dixit le Crédit Suisse – et le reste de l’humanité.

Une situation qui ne pourra perdurer longtemps impunément.

Bien sûr, on peut toujours balayer ces œuvres de fiction d’un revers de la main, et accuser leurs concepteurs d’abuser de substances interdites.

Mais on peut aussi se souvenir que la science-fiction, en littérature comme au cinéma, a souvent tapé juste dans ses prédictions.

Non seulement en ce qui concerne l’avènement de certaines technologies (de Jules Verne à Retour vers le futur, voir ici), mais également à propos des évolutions sociales, politiques et économiques.

Les mondes de Soleil Vert  (seule l’élite a accès à une nourriture saine) ou d’Orange Mécanique (jeunes urbains ultra-violents) sont-ils vraiment très différents du nôtre ?

 

c'est pour quand, Soleil Vert ?
c’est pour quand, Soleil Vert ?

Pour revenir à Continuum, un futur totalitaire dominé par les marques est-il si difficile à imaginer, alors que le nouveau Monopoly Empire remplace les traditionnelles rues par Coca, Nestlé, Google et Samsung ?

Les jeunes ici ciblés pourraient bien devenir les travailleurs lobotomisés de 2077 …

Et les communicants qui militent pour que les entreprises prennent plus de poids dans tous les compartiments de la société, voire remplace les institutions et l’État dans certains secteurs, feraient bien de regarder cette série.